par Phantom_Blue » 20 Aoû 2009, 10:16
Épisode 17
Il était 10 heures quand Séraphine entra dans la chambre de Winston, un plateau garni par un petit déjeuner copieux dans les mains. Elle portait juste un petit tablier en dentelles passé autour du cou et tombant à mi-cuisse, noué dans son dos par un joli petit nœud enrubanné.
Winston se réveilla, la bouche encore humidifiée par le champagne. La bouteille vide trônait sur la table de nuit, à côté de la flûte remplie par le liquide royal dans laquelle trempait une moitié de son dentier.
Séraphine déposa le plateau sur une petite table et alla tirer les rideaux. Une belle lumière d'été inonda la chambre.
Winston tressaillit en louchant sur les fesses rougies de la jeune tueuse de monstres tout gluants et se dépêcha de prendre son dentier dans la flûte, mais dans la précipitation il le laissa échapper sur la descente de lit.
Séraphine le ramassa et le lui tendit avant de réciter d'une petite voix :
— Je tiens à m'excuser pour hier soir, je ne savais plus ce que je disais, j'ai certainement dû être envoûtée par le diable, j'espère que vous ne m'en tiendrez par rigueur…
— Mais pas du tout, claqueta Winston après avoir remis son dentier, c'est déjà oublié. Vous pourriez m'apporter mon petit déjeuner ?
Ses yeux roulèrent dans le dos de la jeune fille quand elle se retourna, et rebondirent comme deux balles de ping-pong sur la partie rebondie de son anatomie.
Elle lui déposa le plateau sur le lit, lui versa un verre de Johnnie Walker et lui présenta l'assiette avec les tranches de bacon frit.
— Je vois que vous faites le service, fit-il remarquer.
— Oui, c'est Claire, je dois faire la femme de ménage pendant une semaine pour racheter ma conduite. Mais je vous jure, c'est pas de ma faute si j'adore trop les monstres tout gluants. Snif !
Une larme roula sur sa joue satinée.
D'habitude impassible, Winston afficha un sourire et sirota d'une voix paternelle :
— Je sais, ne vous inquiétez pas.
— Oh Winston, soupira Séraphine, les couettes fondantes, vous au moins vous êtes gentil. C'est pas comme Claire ! Quelle peste ! Je la déteste !
— Ça s'arrangera.
— On voit bien que vous ne la connaissez pas. Bon, si vous n'avez plus besoin de moi, je dois laver toutes les fenêtres du manoir.
Winston venait d'avaler son deuxième verre de Johnnie Walker quand la porte de sa chambre s'ouvrit. Et Lara entra, éclatante de sourire, en short olympique et maillot "VIVE MOI" moulant, des baskets turbo super flash aux pieds, la natte fouettante.
— Alors Winston, lança-t-elle en se campant devant son lit, comment vous sentez-vous après toutes ces émotions ?
— Très bien, lady Croft.
— Tant mieux. Reposez-vous ! Dorénavant vous n'aurez plus à jouer les majordomes. Séraphine s'occupe de tout pendant une semaine et après j'engagerai une bonne. Vous avez mérité une vie de châtelain après avoir sauvé le monde, et moi des griffes du diable. Dieu sait où je serais sans vous à l'heure actuelle. Certainement croupissant dans un harem de l'enfer au milieu d'une bande de diablesses sulfureuses.
Winston ne sut quoi dire. Il resta quelques secondes sans rien dire. Surpris par les paroles de Lara, l'ex-majordome ne trouvait plus les mots pour dire quelque chose.
— Et puis nous irons faire du shopping, je vais renouveler votre garde-robe pour qu'elle soit, disons, un peu plus moderne.
— Lady Croft est trop bonne.
— Rien n'est trop beau pour le sauveur du monde, et mon sauveur en particulier. Bon, je vais faire un peu de sport. Ah oui ! désormais vous dînerez en ma compagnie à la grande table de la salle à manger.
Lara sortit dans une grande envolée de natte, le short rebondi rebondissant sur ses longues jambes musclées avec finesse.
Winston se versa un troisième verre de Johnnie Walker et l'avait à peine avalé, quand Claire déboula dans sa chambre en mini robe pop art bariolée et bottes en argent brillant à semelles compensées, une queue-de-cheval hennissant dans l'air.
— Bonjour Winston, qu'elle chanta les dents chantantes, j'espère que tout se passe selon vos désirs. Séraphine vous a bien servi ? Sinon gare à ses fesses ! Je file en ville, si vous voulez quelque chose, n'hésitez pas, je vous le rapporte !
— Je vous remercie, articula-t-il, mais j'ai tout ce qu'il me faut. Ah si ! peut-être le dernier numéro de "British Candy".
— Le magazine coquin avec les filles en bikinis sans le haut ?
— C'est surtout pour les mots fléchés avec "la phrase mystérieuse", se dépêcha de préciser Winston, je fais le concours chaque semaine.
— OK, je vous le ramène. Allez, portez-vous bien et à plus !
Claire s'éjecta de la chambre dans un ouragan de bottes pendant que Winston se versait un quatrième verre de Johnnie Walker.
Mais revenons en arrière après minuit. Tout le monde était allé se coucher sauf Claire qui inculquait à Séraphine les vertus de la loyauté.
Des nuages s'agglutinaient en grappes floconneuses dans le ciel. Un éclair lézarda la peau sombre de l'air, suivi d'un roulement de tonnerre roulant en tonnant.
Et une pluie diluvienne crépita sur le manoir.
L'eau clapotait soutenue sur le visage ronflant de la comtesse, toujours allongée dans l'allée, et se déversait dans sa bouche par la petite gouttière formée par sa babine retroussée.
Elle se redressa soudain, les yeux révulsés, et cracha l'overdose aquatique qui outrageait ses papilles dégustatives habituées aux alcools.
Une fois sur ses pieds chancelants, elle se dirigea vers le garage pour s'emparer d'un véhicule. Les éclairs éblouissaient la campagne, décalquant le manoir dans une orgie de flashs photographiques.
Un instant désorientée, elle s'engagea sans s'en apercevoir dans le labyrinthe. Après avoir erré dans les allées étroites, elle finit par déboucher dans la cache secrète où elle avait trouvé le marquis. Voyant le fauteuil de relaxation électrique sous le parasol, elle s'y allongea à l'abri, et bercée par le bruit de la pluie, elle s'endormit, la babine gargouilleuse.
Le marquis se réveilla sous une pluie battante, allongé dans le ruisseau, la tête dans une touffe d'herbes. Un crapaud vert et jaune baveux posé sur sa poitrine le fixait avec deux yeux globuleux et curieux.
— Salut, dit le crapaud d'une voix de crapaud, je suis Croupy.
Le marquis attribua cet effet auditif exubérant aux nombreuses pakistanaises fumées de façon overdosique et goulue.
Il allait virer le crapaud parlant d'une claque dans ses mâchoires molles quand il coassa :
— Je sais comment faire revenir le diable et que tu sois son favori.
Le marquis dressa ses deux oreilles et resta sous la pluie, les yeux braqués sur la petite bestiole spongieuse, qui braquaient des yeux globuleux sur le grand humain dégoulinant de pluie.
Après un parcours du combattant énergique, Lara regagna le manoir et vit une mini Cooper rose arriver en crissant des pneus sur le gravier de l'allée. Elle reconnut la voiture d'Elodys, une de ses plus grandes fans, pour ne pas dire la plus grande, avec qui elle avait sympathisé sur son forum Laraider il y a un an. Elles s'étaient revues plusieurs fois à Londres et au manoir.
— Lara ! s'exclama joyeuse Elodys, vêtue d'une robe boule courte en taffeta froufroutante rouge à fines bretelles avec un décolleté en V, les cheveux coiffés choucroute à la sixties.
Elle lui fit un grand signe de la main et aida sa fille, une gamine rousse à la frimousse espiègle, à sortir de la mini Cooper pendant que Lara les rejoignait.
— Salut Elodys, bonjour Laurine.
— Dis bonjour à tata Lara ! Tu te souviens de tata Lara ? Elle était venue une fois à la maison.
Laurine la regarda en levant la tête.
— Ouais, c'est la dame, que papa il a dit qu'elle a des gros lolos.
Elodys afficha un sourire gêné.
— Excuse-là , tu sais comme sont les enfants, elle vient d'avoir 6 ans, elle dit parfois des bêtises.
— Nan ! rouspéta Laurine. C'est même po vrai que je dis des bêtises, c'est papa qui l'a dit, et puis il a aussi dit que tata Lara quand elle saute par-dessus des pics dans des fossés avec des temples, eh bien ses lolos ils ballottent dans tous les sens, que si elle avait pas un soutien-gogo renforcé, elle en prendrait plein les dents.
— C'est rien, dit Lara en riant, je vois que ton mari suit de très près mes aventures.
— Tu sais comment sont les hommes, il n'y a que la devanture qui les intéresse.
— Alors, qu'est-ce qui me vaut le plaisir de ta visite ?
— Voilà , je dois aller à un vernissage à Londres, puis j'ai un cocktail pour la présentation de ma collection de vêtements pour bébés. Je serai prise toute la journée et Steve est à un championnat de jeux vidéo, je n'ai personne pour garder Laurine. Je me suis dit que peut-être tu pourrais t'en occuper.
— Mais bien sûr, ce sera avec une grande joie.
Laurine, qui s'était éloignée de quelques mètres sur la pelouse, revint avec une main boursouflée aux longs doigts griffus.
— Maman, y a des croque-morts dans l'herbe.
— Seigneur ! s'exclama Elodys en la lui prenant. Mais c'est quoi cette horreur ?
Elle la lâcha sur le gravier. La main bougea des doigts et détala comme une araignée vers le verger.
— Ce n'est rien, je te raconterai, on a eu une nuit mouvementée. C'est un morceau qui n'a pas dû se désagréger comme les autres. Ne t'inquiète pas, Laurine ne risque rien.
— Tu es sûre ? s'inquiéta Elodys. Je ne voudrais pas qu'un monstre l'enlève.
— Siiii ! s'écria Laurine. Je veux qu'un monstre il m'enlève, et comme ça on jouera ensemble, et pis après je lui ferai une prise de karaté, et il tombera par terre avec la tête cassée.
— Eh bien ! rigola Lara. Je vois qu'elle est prête pour prendre ma relève.
— A qui le dis-tu !
Laurine agita sa menotte pour dire au revoir à sa mère qui démarrait dans l'allée.
— Allez ma puce, dit Lara en la prenant par la main, tu veux manger quoi de bon pour midi ?
— Ben moi je veux du chocolat et de la glace, et pis aussi des frites avec du Nutella et des carambars avec des Raviolis.
Dans le hall, perchée sur un escabeau, Séraphine lavait une fenêtre donnant sur le verger.
— Pourquoi la dame elle a les fesses rouges sans la culotte ? demanda Laurine en pointant son index vers elle.
— Ah mince, je l'avais oubliée. Euh, ben c'est tata Séraphine, elle est fan de manga, tu sais, comme les posters de Pikachus que tu as dans ta chambre, et des fois les Japonaises elles ne portent pas de culottes, alors tata Séraphine elle fait pareil comme dans les mangas.
— Ben elles sont zinzins les Japonaises mais c'est rigolo.
Séraphine n'avait pas entendu, elle fixait une chose bizarre qui avançait dans l'herbe entre les arbres.
Lara entraîna Laurine au salon et la fit asseoir sur le canapé.
— Tu veux jouer à Tomb Raider ?
— Nan, c'est débile, je veux jouer à Super Mario avec le karting, c'est plus mieux.
Lara lui brancha la X Box et lança le jeu.
A ce moment Winston entra dans le salon, vêtu de sa tenue de golf, une Rothmans aux doigts.
— C'est qui la vieille momie avec la fumée qui sort par la bouche ? demanda Laurine.
— C'est tonton Winston, il a sauvé le monde des vilains monstres.
Laurine lui tira une langue postillonnante et fixa l'écran panoramique de la télé en appuyant avec nervosité sur les boutons de la manette.