par Phantom_Blue » 06 Aoû 2009, 22:23
Episode 13
Séraphine était vautrée sur le canapé, le corps noyé dans un tee-shirt XXL, I LOVE ONLY ME imprimé dessus en grandes lettres rouges, des socquettes roses aux pieds, savourant d'une cuiller vorace un pot de glace Ben & Jerry's 150 ml Chocolate Fudge Brownie. Elle louchait sur l'écran télé plat Samsung 16/9 157 cm "Pretty Woman", des larmes dans les mirettes, les couettes larmoyantes.
Claire, en pyjama pirate, somnolait à côté d'elle, la bouche ouverte, quand elle se réveilla en sursaut et s'écria :
— Je viens de faire un rêve ! Le diable va revenir !
— Hein ? souffla Séraphine, après avoir savouré une cuiller pleine de glace au chocolat. Mais t'es sûre ? Je sais que tu fais des fois des rêves prémonitoires…
— C'était trop réel, le diable s'emparait du monde. N'oublie pas que Lara doit tenir jusqu'à minuit.
Elle regarda Séraphine, regarda le pot de glace, le prit des mains de Séraphine surprise, s'empara de sa cuiller restée dans son pot vide à elle sur la table, et dégusta le dessert onctueux.
— Hééé, mais c'est ma glace !
— Urgence majeure, je stresse trop là . Je sens qu'on va vivre l'enfer.
— Ben moi je le vis déjà , tu as fauché ma glace.
Claire lui redonna le pot.
— Tiens, je vais m'en chercher une autre dans le frigo.
— Euh… c'était la dernière, il y en a plus.
Claire lui reprit le pot et chantonna :
— Désolé, sœurette.
— Ben tu manques pas d'air, dis donc. T'as intérêt à me le redonner, sinon…
— Ça va, de toute façon ça te fait grossir.
— Quoiii ? s'exclama Séraphine. Tu trouves que je suis grosse ?
Claire ne répondit pas et continua à avaler de la glace pendant que Séraphine filait affolée dans la chambre se regarder dans le miroir.
— Trop facile, pensa-t-elle en souriant.
Même pas deux minutes plus tard, Séraphine revint d'un pas vif et postillonna, les couettes nerveuses, les poings sur les hanches :
— Mais dis donc, au fait ! On ne devrait pas être chez Lara et la surveiller pour que tout se passe bien ?
Claire arrêta la cuiller pleine de glace à trois centimètres de sa bouche prête à l'avaler :
— Ben normalement oui et non. Tu sais qu'on est parti à cause de sa tenue, on ne voulait pas la gêner.
— Ouais, mais là il y a urgence, tu trouves pas ?
— Purée, t'as raison ! Vite, on fonce là -bas ! lança Claire en abandonnant le pot sur la table, après avoir savouré sa dernière bouchée de glace.
Pendant qu'elle filait s'habiller dans la chambre, Séraphine s'empara du pot et le termina d'une cuiller soutenue.
Le van fonçait en pleine campagne sous la nuit étoilée, les phares crachant une grande flaque de lumière sur la route.
Les mains crispées sur le volant, Claire demanda :
— Il est quelle heure ?
— 20h15, t'inquiète, on arrivera, tu verras, tout sera tranquille. T'avais pas besoin de mettre ton treillis de combat.
— Dans la vie faut anticiper, Fifi, on ne sait jamais ce qui va se passer, pour pouvoir assurer un max après.
— Ben moi, avec ma tenue de schoolgirl, là , j'assure dans n'importe quelle situation. C'est pas une jupette plissée qui va m'empêcher de rafaler des monstres tout gluants aux guns.
— Quelle heure il est ?
— Bon, s'énerva Séraphine, maintenant tu arrêtes de speeder et de speeder les autres.
— Oui, mais dans ce genre de situations, je speede toujours.
— Moi j'ai un remède efficace. Bisou.
Séraphine tendit ses lèvres roses nacrées.
Claire tourna la tête pour scotcher sa bouche dessus, Séraphine lui aspira presque la langue. Légèrement déséquilibrée Claire se cramponna au volant, le tourna et le van quitta la route.
Il roula une dizaine de mètres sur des mottes de terre et s'encastra contre un arbre.
— C'est pas vrai ! s'exclama Claire, après avoir essuyé le choc.
— Oups, souffla Séraphine, les couettes secouées, en plissant sa bouche dans un sourire tordu.
Claire essaya de redémarrer le van mais le moteur cala.
— Toi et tes conneries, chanta Claire en s'éjectant de la cabine.
— Ben quoi, se défendit Séraphine en l'imitant, je voulais te déstresser. D'hab après un bisou t'es toujours plus relaxe.
Elles regagnèrent la route, Claire avançant façon commando avec ses rangeos, Séraphine sautillant entre les mottes avec ses escarpins à talons plats façon gamine de pensionnat.
— On doit être à trois quatre kilomètres du manoir, estima Claire.
— Avec un peu de chance, une voiture va passer.
— Ouais, c'est ça, sur une route isolée, en pleine nuit, tu as d'autres idées géniales comme ça ?
Séaphine préféra se taire quand deux phares surgirent, se dirigeant vers le manoir.
— Ben tu vois ! qu'elle s'écria joyeuse. Qu'est-ce que je t'avais dit ?
Elles se campèrent au bord de la route, les pouces levés.
La Limousine Lincoln Krystal blanche passa en coup de vent sans s'arrêter.
— Pfffffff ! crachota Séraphine. Quel manque de civisme !
— Rien ne te paraît bizarre ? demanda Claire.
— Ben non, quoi
— Une Limousine qui file vers le manoir de Lara.
— Ah ouais ! Tu crois qu'il y avait qui dedans ?
— Je sais pas, en tout cas, vu la bagnole, pas des chômeurs.
A peine deux minutes plus tard, d'autres phares apparurent au bout de la route, allant toujours dans la direction du manoir.
Les filles reprirent leur position les pouces levés, et regardèrent les feux rouges de la Bentley Continental noire s'éloigner.
— Ben ça alors ! cracha Séraphine. C'est un comble ! Pourtant on n'est pas invisible !
— Je constate que c'est déjà la deuxième voiture qui va vers le manoir, et je ne serais pas étonnée d'en voir une troisième, et même d'autres.
Effectivement, une autre Limousine Chrysler crème ivoire passa devant nos deux amies sans s'arrêter.
— C'est peut-être ton treillis qui leur fait peur, dit Séraphine.
A la quatrième tentative, Claire s'était cachée dans le fossé, Séraphine pointant son pouce avec un sourire sur les lèvres.
La Rolls Silver Shadow noire et argent fila sans même ralentir.
— Bon y en a marre ! gueula Claire en bondissant de sa cachette. Aux grands maux, les grands remèdes !
Lord Geoffroy Padington savourait un Four Roses sur la banquette arrière de sa Rolls Phantom, dans un smoking blanc Armani, éclairé par une petite veilleuse, quand James, son chauffeur articula d'une voix stylée :
— Sir, je crois qu'une nymphe des bois s'est égarée dans notre monde.
Le monocle de lord Padington scintilla d'un éclat vif et son œil noir s'alluma en voyant sur le bord de la route, éclaboussée par les phares, Séraphine en petite culotte et soutif modèle Manga pop de Chipie, les couettes et le pouce tendus en avant.
— C'est bon, il ralentit, lança Claire d'une voix tamisée, planquée dans le fossé.
— Ouais, mais pourquoi c'est toujours moi qui dois me mettre en avant ? demanda Séraphine. C'est po juste.
James sortit de la Rolls, fit le tour par devant et ouvrit la portière arrière en blablatant :
— Si mademoiselle veut bien se donner la peine.
Claire bondit du fossé, poussa Séraphine surprise à l'intérieur, s'engouffra à son tour, remercia le chauffeur et claqua la portière.
— Excusez-nous d'accaparer votre hospitalité, roucoula-t-elle, mais je crois que vous allez au manoir Croft, n'est-ce pas ?
— Oui…, bafouilla lord Padington, une pointe d'affolement affolant légèrement son visage d'aristocrate sexagénaire.
— Nous avons eu un accident, nous devons nous rendre chez lady Croft, c'est très urgent.
Lord Padington loucha sur le soutif de Séraphine.
— Ah vous aussi vous allez à la fête ? Mais je ne savais pas que c'était une soirée costumée ? Vous êtes déguisée en ondine, je présume ?
Le chauffeur avait repris sa place au volant et attendait les ordres.
— C'est bon, James, vous pouvez repartir.
— Merci, envoya Claire dans un grand sourire, vous êtes un amour.
Lord Padington sentit son pacemaker s'accélérer.
— Héééé ! s'inquiéta Séraphine. Et mes fringues ?
— Pas grave, répliqua Claire, le temps presse. Tu es très bien comme ça.
— Absolument, confirma lord Padington en la ciblant avec son monocle, le dentier en ébullition. Vous êtes comme une apparition dans un conte de fées.
— Ah ouais ? Ben Claire elle dit toujours que je suis pas un cadeau.
— Vous pourrez passer Noël chez moi, chantonna lord Padington, je vous couvrirai de cadeaux ?
— Ah ouais ? s'extasia Séraphine. Cool !
Claire retint un petit sourire amusé et demanda :
— Lady Croft donne une fête ?
— Oui, répondit Lord Padington, sans pouvoir détacher son monocle du soutif joliment rempli de Séraphine. Sa secrétaire m'a téléphoné il y a deux heures.
— Sa secrétaire ? s'étonna Claire.
— Oui, une femme très charmante.
Claire resta songeuse quelques instants, pendant que Séraphine inondait lord Padington de grands sourires pleins de couettes souriantes.
Les grilles du manoir étaient grandes ouvertes. Les réverbères illuminaient les voitures de luxe garées dans l'allée principale. Les grandes fenêtres du rez-de-chaussée brillaient de mille feux et le fameux concerto vénitien s'égrenait en notes cristallines dans la nuit étoilée.
— Tu savais que Lara avait organisé une fête ? demanda Séraphine intriguée.
— Je ne pense pas que ce soit elle, répondit Claire, mais j'ai ma petite idée là -dessus. Viens, allons voir !
— Euh, hésita Séraphine, dans cette tenue ?
— Ça va, Fifi, vu la tenue de Lara encore plus déshabillée, tu n'as rien à craindre.
— Prenez mon bras, lui proposa Lord Padington, je vous escorterai tel le chevalier sa dame !
— Très bonne idée, sourit Claire, accompagnez-là , vous ferez un couple très mode !
Séraphine lui jeta un éclair visuel crépitant de foudre.
Garée dans l'ombre contre un mur, une Ducati 996 rouge rêvait de vitesse amoureuse avec une Indian Chief sur un circuit d'Indianapolis.