Petites chroniques de L'homme qui se recouche


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Re: Petites chroniques de L'homme qui se recouche

Messagepar Babou » 12 Sep 2008, 05:45


on peut se demander aussi si c'est une caricature de la vie réelle, l'agglomérat confus des rêves annoter au réveil ou bien une totale fiction, clairement imaginé par un esprit fertile ...

Je pense que c'est un mélange de tout ça. Des trucs piqués dans les souvenirs, qui dérapent dans la fiction avec une imagination qui dépasse toute imagination, pour enfin tomber dans le pur délire.

A la sortie du tram, centre ville, une horloge murale au coin de la rue de la mésange et des grandes arcades indique 13h53 alors qu’à ma montre, réglée sur le temps universel à un milliardième de seconde, il est 13h59. L’OPG cherche à freiner le temps dans le but de ralentir nos réflexes et nous plonger dans une semi-léthargie.
Dans la théorie de Planck, il y a notamment la notion de temps, ce temps qui accélère et décélère en permanence. Si une seconde peut durer une éternité, toujours selon sa théorie, pourquoi dans l'absolu ne pourrait-elle pas durer 6 mn ? L'écart pile poil entre 13h53 et 13h59. Conclusion : c'est sûrement un coup de Planck. Il a avancé ta montre de 6 minutes ou retardé l'horloge. Je sais, c'est un peu tiré par les cheveux. Et si je me plante je m'en fout, je retourne me plancker derrière le mur :mur:

Je prends comme base la Relativité d’Einstein, à laquelle j’ajoute les lois de symétrie et d’opposition et le principe des phènes du docteur Francis Lefébure, que je complète avec les états transpersonnels du neuropsychiatre John Lilly, inventeur du caisson d’isolation sensorielle, et je finalise avec le programme de synchronisation des deux hémisphères cérébraux de l’Institut Robert Monroe en Virginie. Bien évidemment, je supprime le mur de Planck qui n’a aucune raison d’être, les seuls murs étant ceux que l’on se construit dans la tête.
C'est costaud !! Tout ce qu'on peut dire, c'est que toi tu fais pas dans la demi-mesure ! Mais di don t'es sciencé dè ! comme on dit en Afrique. Tiens la montre d'Einstein sera mise en vente aux enchères le 16 octobre. J'ignore le petit prix de départ :04:

Maman tend l’oreille avec un lob où est clipé une boucle d’oreille en diamant scintillant.
Le ouistiti tend une oreille velue. L’assistant qui tient le ouistiti tend une oreille tendue. L’assistant qui ne tient rien tend une oreille avec trois anneaux. La secrétaire derrière son bureau dans le hall d’entrée de l’agence tend une oreille de secrétaire. Toute la ville s’est immobilisée et tend une oreille urbaine géante composée par les milliers d’oreilles tendues de tous les citoyens. La Terre s’est arrêtée de tourner et tend une oreille planétaire…

Très bon. On ressent parfaitement l'humour voulu avec << L'assistant qui ne tient rien >>, lol, suite à celui qui tient quelque chose (le ouistiti). :15:

Enfin je débarque devant le 103 de la rue des acacias dans le 12e ......
— Tu es parti tellement vite. Tu ne m’as pas laissé le temps de te préciser que c’était à Tokyo mais comme elle voyage beaucoup, du fait de son métier de top model, elle n’est pas souvent chez elle.

Si c'est à Tokyo, comment as-tu pu te rendre réellement au 103 de la rue des acacias dans le 12e ? Image

Et la batterie de mon mobile tombe à plat ... Je fonce dans l’agence. Maman n’est plus là ... Je m’empare du téléphone, compose le numéro de maman, tombe sur son répondeur ... Longue sonnerie. Personne ne décroche.
Quand le hasard, qui n'est jamais hasard, se voit contrecarrer tes plans, d'une manière ou d'une autre, il ne faut jamais insister, c'est que tu dois pas de rendre au 103 de la rue des acacias dans le 12e. :non:

— OK, mon frère, si t’as besoin d’aide, n’hésite pas, je suis Jimi Colibri, le mec qui laisse pas tomber les amis ! Je crèche de temps à autre Au Perroquet Vert, chez la grosse Irma, ma cinquième femme. Allez, à plus mon frère !
C'est bien vu ça. La recherche associée à la logique. Image

Tandis que John Steed, son éternel chapeau melon posé sur un brushing impeccable, cintré dans un costume gris clair aux mensurations idéales de lord, ouvre les tiroirs d’une commode Henri VIII, et exhibe sur le bout de la pointe de son parapluie Chamberlain une guêpière rouge taille 58 des plus osées, garnies d’une série de jarretières terminées par des petits rubans fantaisie.
Oui, c'est surprenant. J'aurais plus vu des chapeaux dans ces tiroirs, et puis je la voyais pas non plus obèse. Guêpière = guêpe = 58. C'est mon équation. Cherchez l'illogique dans la logique ! Image

— Et je parie que vous allez donner l’âge de la voleuse ? rajoute John Steed, un rien ironique mais avec beaucoup de diplomatie gentlemaniaque.
— Mon cher Steed , Essence de Sens est un parfum utilisé en grande majorité par des femmes entre 25 et 27 ans, les adolescentes préférant les essences de framboise vanille, les vieilles rombières s’aspergeant d’eau de Cologne anti-bactériennes. Mais j’opterai pour une fille entre 17 et 19 ans qui veut brouiller les pistes.

Par extension puisqu'il s'agit du vol d'une culotte, ça me fait penser à la scène de la petite culotte entre Depardieu et Dewaert dans Les Valseuses quand ils essayent de deviner l'âge de la porteuse à coup de poussées olfactives répétées ! Je trouve cette scène se voulant drôle assez perverse. Image

— Par les burnes poilues de Barbe-Noire !
Très élégante cette phrase !! :D
La parole se fait spontanément rythme dès que l'homme est ému, rendu à lui-même, à son authenticité. Oui, la parole se fait poème. (Léopold Ségar Senghor)
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Re: Petites chroniques de L'homme qui se recouche

Messagepar Phantom_Blue » 22 Oct 2008, 10:31


Spécialement dédiée à Papofyse

Chronique 14

Pourquoi je me retrouve dans la zone industrielle ?
Le ciel est couvert. Je marche sur le bord de la route. Il n’y a pas de trottoir. Ou plus exactement les parties trottoirs sont squattées par des bagnoles. Des bâtiments modernes à un ou deux étages s’alignent sur des carrés de terre fraîchement remuée. On se croirait à Brasilia au début des années 60, dans L’homme de Rio, quand Bebel cavale sur la terre rouge, au milieu des buildings en construction, porté par le souffle d’un monde futur en voie d’expansion.
Un mec sur un chariot élévateur tourne dans une cour encombrée de palettes. Je remarque une porte vitrée dans laquelle se reflète mon image de routard.
Un Berliet des transports TransSahariens ronfle sur la route. Des guerbas pleines d’eau ballottent sur ses flancs. Les pelles à sable attachées à l’arrière. Des cornes d’antilopes et un arc soudanais accrochés devant sur le radiateur. Il s’arrête de l’autre côté de la route.
Lino Ventura descend de la cabine. Marcel kaki et chapeau de brousse d’Indochine clipé.
L’après-midi s’éternise dans une vaste nappe d’air étalée comme pour un pique-nique. Les poteaux électriques en bois s’apparentent à des bâtonnets de Mikos glacés.
Lino allume une Gauloise et souffle un nuage de fumée dans lequel se dessinent des visages de jaguars et de fennecs.
Le Berliet lâche un soupir de métal liquide. C’est la mécanique qui décompresse, les pistons qui se détendent, le ventre du moteur qui roule des borborygmes.
Et c’est là que le rêve m’est revenu. Du moins une partie, la plus importante, celle où le magicien à la tête de lézard me dit de trouver l’indice dans la zone industrielle. Oui, mais quel indice ?
Je balaye le secteur avec des yeux de prédateur. Pas assez puissant. J’adopte les yeux de proie traquée. Place tous les sens en alerte de survie extrême. Facile. Il suffit de prendre le rôle du vermisseau candide pisté par 10,25 mantes religieuses affamées dans un mètre carré de verdure exubérante.
Et je remarque un papier de carambar sur le sol. Est-ce l’indice ? L’exercice a-t-il été payant ? Je le ramasse. Lis :

Une paire de lunettes, c’est deux monocles qui copulent frénétiques.

Oui, bon, me voilà bien avancé. Une paire de lunettes, c’est la vue. Donc voir. Oui, mais voir quoi ? Et ces deux monocles ? Faut-il voir deux choses séparées qui se rejoignent, s’assemblent, communient entre elles dans une extase orgasmique intensive ?
Une mouche passe en ligne droite. Sur un muret, un escargot avance en écoutant du swing avec un mini casque. Il est équipé d’une coquille de 120 gigas avec un écran de 3 pouces.
Il y a d’autres rues qui conduisent ailleurs, des ailleurs qui conduisent dans d’autres rues. J’aurais pu aller ici ou là. Les choses auraient-elles été différentes ? Peut-être. Peut-être pas. Je ne sais pas.
Pris dans mes pensées rêveuses, je sursaute. Lino a traversé la route. Il me dit :
— Bonjour, vous sauriez pas où on peut trouver un bistro ?
— Euh, bonjour, que je réponds, surpris. Un bistro ? Attendez ! Ah oui ! Dans l’autre rue, je suis passé devant.
Comme j’ai une envie de pisser, je l’accompagne.
— Je roule depuis quatre heures, j’ai le gosier desséché. La piste ça donne soif.
— C’est sûr, et vous allez où ?
— Je file sur Mars. Je dois récupérer des réacteurs pour le camion. Le temps de les monter, je décolle, je livre la marchandise et je vais me bronzer sur Paradis Land.
Je reste quelques secondes dans une flottaison de logique mitraillée par une image de camion volant vers la planète rouge.
— Paradis Land ? que je reprends, étonné.
— Vous connaissez pas ? C’est tout nouveau, ça vient d’ouvrir du côté de Jupiter. Une station orbitale gigantesque avec des piscines, des palmiers et tout le toutim. De quoi se refaire une santé.
— C’est sûr, les piscines et les palmiers, y a rien de mieux comme anti-stress.
— Et paraît que les filles se laissent regarder. De la Vénusienne Japonaise.
Un éclair de transpiration électrifiée d’adrénaline me traverse le bulbe rachidien.
— De la Vénusienne Japonaise ?
— Ouais, autre chose que Lulu la Nantaise. Du premier choix, tout juste sortie de l’emballage. Et pas farouche, du bon caractère quoi.
— Ouais, le bon caractère, y a que ça de vrai pour engager la conversation.
Lino esquisse un sourire en coin.
Une escadrille de jets passe dans le ciel. Laisse des traînées blanches sur le bleu azur. Une légère vibration secoue doucement le paysage.

« Aux Templiers », qu’il s’appelle, le bistrot. Le patron glande derrière un zinc, style espion de la zone russe à Berlin Est, une chemise blanche aux manches retroussées, des bretelles au drapeau anglais, un Playboy ouvert dans les doigts. Une blonde en bikini sur la couverture, que je connais mais dont le nom m’échappe. Un durillon sur la joue droite. Pas la blonde, le patron. J’oubliais la clope fumant au bec.
Lino se tale à une table sans nappe sur une chaise en bois. Je l’imite, remarque une affiche des Aventuriers avec la flamboyante Joanna Shimkus dans un coin.
Le patron rapplique en traînant des sandales sur les dalles. Balance un coup de tête en guise de bonjour.
— J’vous sers quoi ?
— Une bière avec un schnaps, envoie Lino.
J’aurais préféré un soda, mais bon. Evitons les boissons de femmes, ça pourrait faire jaser.
— Pareil pour moi.
Une blatte cavale speed entre deux tables. Le reste du bistro est vide.
— Y’a pas grand monde ! balance fort Lino.
Campé devant le percolateur, un bock à la main, le patron fait couler la bière mousseuse.
— C’est toujours une heure creuse mais ils vont pas tarder, qu’il répond en remplissant un deuxième bock.
Je louche sur ma montre. 11h59.
Le patron ramène les deux bocks et deux verres de schnaps.
Lino prend le verre et le laisse tomber dans le bock. Oui, là c’est sûr, ce sera bien mélangé. Puis il s’envoie une coulée derrière le Marcel.
Je siffle une petite gorgée de bière, goûte le schnaps, grimace. Des larmes me dégringolent des zieufs.
— C’est du brutal, que je commente. On sent comme un goût de pommes.
Lino rigole.
Le patron allume une petite télé au-dessus du comptoir. Le sigle de l’ORTF jaillit en noir et blanc sur l’écran. Puis Catherine Langeais speeche les programmes. Et c’est parti pour un épisode de Thierry la Fronde.
La porte s’ouvre et une sorte de hippie avec un bandana rouge entre, un blouson en cuir râpé, des tiags pointues aux arpions.
— Salut, qu’il chante,
Quand il file au comptoir, y a Stoorne marqué en lettres métallisées sur son blouson dans le dos. Il se planque sur un tabouret et commande une Anisette, double.
La porte s’ouvre de nouveau et quatre ouvriers en salopettes débarquent avec des godillons de sécurité et des bras poilus tatoués, des poussières de plâtres dans les tifs en désordre.
— Y’a un dépôt qui a sauté ce matin, dit un grand ventru au patron. On déblaye encore.
— Encore un coup de l’OPG, crache un autre, plus maigre, une bagouze rutilante au majeur gauche.
La recherche de l’indice me revient en mémoire.
Ils se campent debout au comptoir. Le patron aligne des demis. La bière dévale dans les gosiers.
Lino termine son bock et en commande un deuxième avec un autre schnaps. Le patron les ramène et embarque les verres vides.
Le hippie s’est retourné. Il me jette un œil. J’hallucine. Il porte un monocle. Un sourire étire sa bouche.
Puis il reprend la conversation avec le patron.
Le grand ventru lorgne Lino, accoudé au comptoir. Il beugle :
— On s’est pas déjà vu quelque part ?

C’est là que je reconnais la blonde sur la couverture. Angie Cyclone. Comment j’ai pu la zapper ? Il faut que je prenne le Playboy, mais c’est le hippie qui le feuillète.
Et ça va pas être évident, avec la bagarre qui vient d’éclater.
Lino a déjà mis deux ouvriers sur le carreau. Il envoie une manchette au troisième. Le quatrième lui décoche un poing dans les mâchoires. Lino recule, percute le mur, se ressaisit et réplique avec un uppercut dans le foie.
L’ouvrier se plie en deux, une grimace de douleur éclatée sur les dents.
Le patron regarde sans moufter. Sur l’écran, Thierry roule un kiss à Isabelle.
Le hippie s’est levé et file vers les pissoirs avec le Playboy.
Je bondis de ma chaise. Faut que je le récupère. C’est certainement l’indice.
Le couloir est sombre. Un talon de tiag disparaît au bout. Je sprinte. Tourne le coin. Tombe sur un mur de briques.
Il a du passer à travers. Y’a peut-être un truc qui pivote. Je pousse sur les briques. Elles résistent. Je laisse béton. Retourne dans le bistro.
Il est vide. Le patron essuie tranquille un verre derrière le comptoir.
Sur l’écran Nounours remonte l’échelle de son nuage. Le marchand de sable envoie une volée de sable doré dans l’air.
Le sable tombe du plafond. Des grains touchent mon visage, mes mains. Fondent avec une sensation de froid.
Une fatigue s’empare de moi. Je clignote des yeux. Dans tout ça, j’ai oublié de pisser.
Et tout s’efface.
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Re: Petites chroniques de L'homme qui se recouche

Messagepar Papofyse » 23 Oct 2008, 01:46


J'adore ...
T'es au top, quoi dire de plus (d'autres s'en chargeront) Toutes les références qui me plaisent, y a pas, discuter une petite soirée avec toi te permet de stocker et cibler mieux ta "victime", ce qui est bien c'est que toi aussi tu aime cette période et ses gens, sinon tu n'aurai pas la matière et l'envie de le faire !
Je t'envie, j'aimerais écrire aussi facilement ... moi je ne passerai pas mon temps sur les forums ('fin si t'en passe) mais plutot à l'écriture d'un roman ...
En plus quelque part, tu écrit comme le faisait forton et tu déssine un peu à la manière de pellot, génial ! je suis client mais visiblement peut être déjà d'une autre époque !
N'hésite pas, lache toi (moi demain je te cafte a titi (le hippie) hé hé hé) c'est toujours un plaisir de te lire M.
Baille et Salutatous !
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Re: Petites chroniques de L'homme qui se recouche

Messagepar Babou » 24 Oct 2008, 06:33


Une histoire où il n'y a pas de frontière, on traverse les époques et les dimensions d'un coup de plume magique et parfaite. Du rêve haut en couleurs. Mais un vendeur de rêves n'est-t-il pas celui qui en a le plus besoin ?

Un italien (Lino) au volant d'un camion français (Berliet) et fumant des cigarettes françaises (Gauloise) roule sur une piste africaine. Il passe par le Soudan et soudain il a une hallucination ..... il voit des têtes de jaguars et de fennecs .... Le fennec ne se conjuguant pas avec le jaguar (ils ne cohabitent pas ensemble), il a une double hallucination, forcément. Double = Bi = binocle. Binocle divisé par 2 = monocle, non, là c'est mon imagination qui s'envole, portée sans doute par le vent du désert de sable ... Image

Un Berliet des transports TransSahariens ronfle sur la route. Des guerbas pleines d’eau ballottent sur ses flancs. Les pelles à sable attachées à l’arrière. Des cornes d’antilopes et un arc soudanais accrochés devant sur le radiateur. Il s’arrête de l’autre côté de la route.
Lino Ventura descend de la cabine. Marcel kaki et chapeau de brousse d’Indochine clipé.
L’après-midi s’éternise dans une vaste nappe d’air étalée comme pour un pique-nique. Les poteaux électriques en bois s’apparentent à des bâtonnets de Mikos glacés.

On est en Afrique mais où ? Au Soudan ? A cause de l'arc soudanais. Si c'est le cas, dur cette vision des glaces Mikos, mirage de poteaux, pour un des pays les plus pauvres et pour un peuple qui crie famine, encore plus dur car l'hélianthe ne pardonne pas et le rêve des bâtonnets glacés risque bien de fondre dans ce décor sahélien. Image

Lino allume une Gauloise et souffle un nuage de fumée dans lequel se dessinent des visages de jaguars et de fennecs.
Je pense que le jaguar est uniquement dans le moteur du camion. :15:

Place tous les sens en alerte de survie extrême. Facile. Il suffit de prendre le rôle du vermisseau candide pisté par 10,25 mantes religieuses affamées dans un mètre carré de verdure exubérante.
Pisté par 10,25 mantes ! :23: J'ai jamais vu des mantes religieuses avec des décimales, ni aucune autre espèce animale d'ailleurs. Sauf peut-être le grand solitaire qui, lui, peut se diviser en anneaux. Image

Une paire de lunettes, c’est deux monocles qui copulent frénétiques.
Lol, et en permanence. Image

Sur un muret, un escargot avance en écoutant du swing avec un mini casque. Il est équipé d’une coquille de 120 gigas avec un écran de 3 pouces.
3 pouces c'est pas le pied, Image mais bon c'est à sa mesure.

J’aurais pu aller ici ou là. Les choses auraient-elles été différentes ? Peut-être. Peut-être pas. Je ne sais pas.
Non, les choses n'auraient pas été différentes, le destin finit toujours par nous rattraper. Image

Je siffle une petite gorgée de bière, goûte le schnaps, grimace. Des larmes me dégringolent des zieufs.
On veut jouer les durs << Evitons les boissons de femmes, ça pourrait faire jaser. >> mais en définitive on a pas suffisamment d'estomac. :11:

— C’est du brutal, que je commente. On sent comme un goût de pommes.
La pomme ça n'a jamais été brutal, sauf si on la conjugue avec le verbe tomber. Image

— Je file sur Mars. Je dois récupérer des réacteurs pour le camion. Le temps de les monter, je décolle, je livre la marchandise et je vais me bronzer sur Paradis Land.
— Vous connaissez pas ? C’est tout nouveau, ça vient d’ouvrir du côté de Jupiter.
— Et paraît que les filles se laissent regarder. De la Vénusienne Japonaise.

Et pour terminer, en exclusivité : une vénusienne à la conquête de Mars ...
:19: :19: :19:

http://img516.imageshack.us/my.php?imag ... nnegr7.jpg
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Re: Petites chroniques de L'homme qui se recouche

Messagepar Phantom_Blue » 24 Oct 2008, 09:47


Pour apporter quelques précisions, il s’agit du film « Cent mille dollars au soleil ». Il est en entier sur :
http://www.dailymotion.com/relevance/se ... %2Bdollars

Le jaguar est l’animal dieu d’Amérique du Sud. Le cousin de ma mère, qui habite Cayenne, m’en avait parlé. Il aura un rôle à jouer dans la suite de l’histoire.

10,25 de mantes religieuses. Une mante à elle seule est déjà super féroce. Alors 25% de mante, c’est déjà très féroce.

J’aurais pu aller ici ou là. Les choses auraient-elles été différentes ? Peut-être. Peut-être pas. Je ne sais pas.
Non, les choses n'auraient pas été différentes, le destin finit toujours par nous rattraper.
Si on projette d’aller voir un film au cinéma à 20h30, et qu’il est 16h, et qu’on va voir le film, le résultat sera toujours pareil. Mais le parcours entre 16h et 20h30 peut varier. On peut aller casse-daller au Mac Do, ou se balader en ville, rencontrer telle personne, ou ne rencontrer personne. A 20h30, on sera au cinéma, mais entre-temps il peut se passer plein de choses.

— C’est du brutal, que je commente. On sent comme un goût de pommes.
La pomme ça n'a jamais été brutal, sauf si on la conjugue avec le verbe tomber.
C’est la fameuse réplique dans la scène de la cuisine du film Les tontons flingueurs, quand ils dégustent la gnôle.
http://www.dailymotion.com/relevance/se ... flingueurs
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Re: Petites chroniques de L'homme qui se recouche

Messagepar Phantom_Blue » 24 Oct 2008, 09:48


Chronique 15

Pourquoi je me retrouve dans la zone industrielle ?
Le ciel est couvert. Je marche sur le bord de la route. Il n’y a pas de trottoir. Ou plus exactement les parties trottoirs sont squattées par des bagnoles. Des bâtiments modernes à un ou deux étages s’alignent sur des carrés de terre fraîchement remuée. On se croirait à Brasilia…
Héééééééééééééééé ! Je suis revenu au début. Là j’essaye de cogiter speed pour trouver un sens. Comme j’ai loupé l’indice, peut-être que je dois refaire. C’est la première idée qui me flashe dans les neurones. J’en trouve pas d’autre sur le coup.
J’attends le Berliet. Les minutes passent. Rien. Je décide de filer au bistrot.
Stupeur en arrivant devant. La porte et les volets sont fermés. En plus le nom a changé. Ça s’appelle « Chez Emile ».
Je reviens sur mes pas. Le Berliet arrive et s’arrête au même endroit que l’autre fois. Sûrement que j’étais parti trop tôt. Je ne vois pas d’autre explication.
La portière de la cabine s’ouvre et le patron du bistrot descend, en Marcel kaki, avec une casquette de marin. Une clope fume aux dents.
Ce n’est plus Lino. Je ne sais plus trop quoi penser.
Le gars m’aperçoit et traverse la route.
— Salut, vous sauriez pas où je peux trouver un bistrot ?
OK, pour ça c’est pareil. A mon avis le bistrot sera ouvert.
Durant le trajet, il me cause d’une cargaison de jeux vidéo. Il sort un dépliant de sa poche et me le donne. Je reconnais tout de suite Angie Cyclone, les lolos surboostés, en shorty synthétique, un gun spatial dans les doigts.
CYBER GIRL, Alisa Clone, l’espionne des espaces virtuels.

Je ne m’étais pas trompé. Le bistrot est ouvert et il s’appelle toujours « Chez Emile ». Avant d’entrer le gars bazarde le bout filtre de la clope.
Autre surprise. C’est Lino Ventura qui campe derrière le comptoir. Je cherche le Playboy des yeux. Un demi à moitié vide glande sur le zinc. Je ne vois pas le magazine. Mais comme les personnages ont changé de rôle, peut-être que l’indice a aussi changé. Ce n’est plus le Playboy mais le jeu vidéo.
Sinon le bistrot est vide.
On se tale à une table. Je remarque l’affiche du film, mais il s’appelle « L’aventurière ». Et la fille dessus ressemble bizarrement à Angie Cyclone. Je repère son nom au bas : Amanda Cavana.
Lino vient prendre les commandes, une serviette sur l’épaule. Il repart vers le comptoir tirer deux bières. Pas de schnaps. Le gars n’en a pas commandé. Donc moi non plus. Je préfère éviter.
— Je suis Papofyse, le jaguar, qu’il me fait, je conduis des dix tonnes dans le djebel.
Avant de fourrer une clope dans le goulot. Il l’allume d’un coup de Zippo qui claque quand il l’éteint. Il le pose sur la table devant le paquet de Camel et le cendrier jaune avec Ricard dessus. Un dragon orne le Zippo.
C’est à ce moment que le hippie déboule des toilettes. Le monocle sur l’œil. Mais sur l’autre. Il me jette un regard rapide et pose son jean sur un tabouret au comptoir devant le verre de bière à moitié vide.
ENROOTS est imprimé sur le dos de son blouson.
Je cherche une nouvelle fois le Playboy, des fois qu’il dépasserait d’une poche.
Lino ramène les bières. Papofyse empoigne le verre et l’avale d’un trait.
Sûr que le djebel donne la soif sur la langue.
Une mouche patine dans ma mousse. Mon premier réflexe et d’informer Lino, mais c’est bien connu, dans les westerns le coup de la mouche dégénère souvent en baston. Et ne sachant pas comment les choses peuvent évoluer, n’ayant pas envie de me ramasser une manchette dans les mandibules, voulant aussi vivre la suite, je m’abstiens de tout commentaire.
Papofyse l’a vue et lâche une rigolade. Balance la vanne avec la chantilly, que je ne peux pas rapporter ici, par souci de bienséance.
Je récupère la mouche avec le coin d’un sous-bock Kronenbourg. Elle se lisse les ailes et se barre, mais en zigzag. A mon avis elle a dû se payer un trip d’enfer.
Et l’idée prend de plus en plus d’ampleur. Il me faut le CD du jeu CYBER GIRL.
Je ressors le dépliant que j’avais empoché et survolé, dans l’espoir de glaner plus d’informations. On doit certainement le trouver à la Fnac. Aucune date de sortie précisée. Ah si ! en vente le 31 octobre. Et on est le…
Attends ! on est quel jour déjà ? Octobre c’est sûr ! Le 21 ? Le 22 ?

Quatre filles entrent, des dégaines de loubardes rockeuses, les mèches de cheveux rebelles, les jeans moulants.
Elles se dirigent vers le hippie et lui scotchent des bises. Puis elles l’entourent et discutent soutenu en rigolant. Lino aligne quatre bières mousseuses sur le zinc devant elles.
Papofyse me raconte une nuit dans un claque à Marrakech avec une Thaïlandaise épileptique de la croupe, du temps qu’il était barbouze sous Valéry Giscard d’Estaing, quand Le Petit Rapporteur agrémentait à la télé les repas dominicaux.
Je tairai les détails pour ne pas choquer les âmes sensibles.
Soudain une des filles, une grande brune, tend le bras en l’air et gueule :
— Ouaiiiis, l’obsédé !
Les autres filles rigolent avec des rires de filles.
Au bout du bras la main tient un magazine.
Damned ! Serait-ce mon Playboy ?
Il devait l’avoir planqué dans la poche intérieure de son blouson. La grande brune a dû le trouver.
— Putiiiin, Titi ! crache une petite blonde. T’es bien un mec !
— Ben quoi ? réplique Titi le hippie. Y’avait un article sur les Stones. Les filles, c’est accessoire.
— Comment ça, les filles, c’est accessoire ? reprend la grande brune. C’est vous les mecs qui fantasmez sur nous !
La petite blonde, qui avait pris le Playboy, le balance par-dessus son épaule, sans regarder.
Il atterrit direct sur mes genoux.
Là je crois qu’il existe des imprévus qui ne sont plus des hasards. Une idée bizarre me vient alors, comme quoi la petite blonde…
Mais je ne vois pas son visage, elle me tourne le dos. Et quand elle est entrée, je n’ai pas fait gaffe à elle. Mes yeux crapahutaient sur la grande brune. Ben oui, quoi !

Papofyse se lève et file aux pissoirs. J’en profite pour feuilleter le Playboy, à la recherche des pages où je dois voir Angie Cyclone.
Un bruit de tabouret renversé cognant contre les dalles me fait sursauter les deux globes oculaires.
Titi le hippie est debout face aux filles. Apparemment ça chauffe entre eux. La grande brune le menace avec sa paire de lolos agressifs en avant, des crachats dans la voix. Les autres filles la soutiennent.
— Ouais, vous vous prenez pour qui, les mecs ? qu’elle lui décoche dans les gencives.
Elle l’empoigne et le secoue. Il résiste. La petite blonde l’agrippe aussi. Les deux autres filles regardent, prêtes à intervenir.
Titi le hippie se dégage et fonce vers les pissoirs, poursuivi par les filles qui hurlent comme des hyènes. Sauf la petite blonde qui s’est baissée pour ramasser je sais pas quoi. Puis elle suit les autres.
Lino secoue la tête en rigolant et continue d’essuyer un verre.
On entend des gueulantes renvoyées par l’écho du couloir. Un bruit de porte claquée. Des coups dans une porte. Peut-être qu’il s’est enfermé dans une cabine. Remarque, face à une meute féroce de filles, dans des pissoirs, c’est la seule solution logique acceptable pour ne pas finir zigouillé.
Je remarque alors deux trucs brillants sur les dalles, prêt du tabouret renversé. Je me lève, le Playboy roulé à la main, file voir, ramasse les deux monocles de Titi le hippie. Les fourre dans la poche de ma chemise. Remets le tabouret droit.
Quelque chose me dit que c’est la petite blonde qui les a pris à Titi, et les as posés sur le sol, pour moi.
J’écoute.
Plus aucun bruit ne vient des pissoirs.
Je traverse le couloir, tourne le coin. De nouveau le mur de briques. J’ai comme dans l’idée qu’en revenant dans le bistrot, il sera vide.
Effectivement. Lino a disparu.
Je récupère le Zippo sur la table. Un réflexe, comme ça !

Dehors, un soleil d’été inonde les bâtiments de la zone industrielle.
Et c’est là que l’idée me vient.
Je prends les deux monocles et les ajuste devant les yeux. Rien. Peut-être qu’il y a un droit et un gauche. Je les intervertis. Rien.
Quelques secondes de réflexion, comme des oiseaux de passage, provoquent un mini cyclone d’air interrogatif dans le ciel de ma pensée.
Je pose le Playboy sur un muret. Trouve le poster trois volets. Le déplie. C’est Angie Cyclone en tenue de CYBER GIRL.
J’ajuste les deux monocles devant mes yeux.
Et c’est là que tout s’est mis à tourbillonner.
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Re: Petites chroniques de L'homme qui se recouche

Messagepar Sami » 24 Oct 2008, 16:01


Place tous les sens en alerte de survie extrême. Facile. Il suffit de prendre le rôle du vermisseau candide pisté par 10,25 mantes religieuses affamées dans un mètre carré de verdure exubérante.


:mdr: :mdr:

Une paire de lunettes, c’est deux monocles qui copulent frénétiques.
:10:

Un éclair de transpiration électrifiée d’adrénaline me traverse le bulbe rachidien.
— De la Vénusienne Japonaise ?


hihi c'est bien toi ça :D

Sur l’écran, Thierry roule un kiss à Isabelle.


un kiss ça se roule? :18: :D

VITE LA SUITE!
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Re: Petites chroniques de L'homme qui se recouche

Messagepar Phantom_Blue » 25 Oct 2008, 12:17


Chronique 16

BIENVENUE DANS LE MONDE DE CYBER GIRL

Les lettres brillent géantes dans l’espace parsemé de petites étoiles scintillantes.
Une musique symphonique tonne autour de moi. Le style BO à la Star War avec des envolées de synthé en flaques d’océans sonores comme des marées capricieuses, qui te flagellent les tympans, te secouent les molécules et disparaissent en laissant des filigranes de traînées vibrantes.
Je flotte dans le vide.
Un Berliet spatial déboule. 100 000 tonnes ! Des cornes de dinosaures sur le capot aussi large qu’une table de réveillon à la mairie. Les taules rouillées par les vents solaires. Un pare-brise granulé de poussières atomiques.
En tee-shirt hawaïen et futal treillis, Papofyse tient le volant, une Gitane grillant sur la lippe.
Le Berliet ralentit, un sas s’ouvre à ma hauteur. Je m’engouffre à l’intérieur en nageant avec les bras et les pieds. Retrouve la gravité et le sol dur.
Une odeur d’huile de vidange et de frites clapote dans la cabine de pilotage.
— Salut mister hamac, qu’il me gargouille, Papo, la Gitane s’agitant rythmique avec les mots. T’as quand même réussi à trouver l’entrée du jeu.
J’affiche une mine interrogative qui n’arrive pas à exploser avec sa solution.
Titi le hippie déboule de la soute, un pack de canettes dans les doigts, me cadre et balance :
— T’as réussi à entrer ? J’avais parié avec Papo que tu te planterais.
— Euh, que je bricole de la voix, vous pourriez m’expliquer la psychose ?
Titi se laisse tomber dans un siège plus râpé que son blouson. Etire ses cannes terminées par ses tiags pointues. Pose le pack sur son ventre. S’empare d’une canette. Décapsule la languette. S’envoie une rincée sous le bandana.
Papo tire une taffe de sa Gitane, un œil fermé, à cause des piqûres de la fumée. Devrait arrêter de cloper. Ça brouille la vision du cerveau des idées.
Titi achève la canette et beugle un rot en même temps qu’il l’écrabouille entre ses phalanges musclées. Blablate d’une voix chantante et houblonnée :
— La zone industrielle, c’était une cinématique du jeu CYBER GIRL. On est des créateurs de niveaux. Papo est spécialisé dans les objets 3D, moi c’est les textures et les décors.
J’essaye de suivre, de relier les infos, de les organiser sur un schéma d’ensemble logique. Il poursuit :
— Lino, c’était un perso de synthèse. Les filles, c’est des joueuses de réseau. La brune avec les super nichons c’est Kate, alias Mousson Fatale. La petite blonde c’est Blondie, alias Bisou, le s en croix gammée. Mumu c’est celle avec des anneaux partout, alias Brise-C. Et Déborah, la rousse, une cinglée du joystick, miss Tempête-du-désert. J’ai nommé : Les Spider Vamps !

Papo prend le relais, avec des mots imprégnés de Gitane :
— On lutte aussi contre l’OPG. Ces enfoirés créent des programmes télévisuels pour abrutir le peuple. Les gens ne le savent pas, mais la réalité n’existe plus depuis un moment. Ils sont noyés dans ces programmes. Seulement on a découvert que le cyberespace des jeux était une réalité annexe, parallèle si tu veux, et qu’on peut interagir avec sur les programmes.
— Ouais, crachouille Titi en décapsulant une deuxième canette. Mais pour pas être repéré par l’OPG, on trafique pour faire ressembler à des films. D’où Lino et le Berliet de « Cent mille dollars au soleil ».
J’ai l’impression de capter, mais en même temps le truc m’échappe. C’est ce qu’on appelle « voiler en dévoilant et dévoiler en voilant ». Ou alors il me manque une mise à jour des neurones.
Papo aspire une dernière bouffée et écrase le mégot sur un coin du tableau de bord plutôt amoché côté design. Avant de fourrer une nouvelle Gitane entre ses lèvres gercées par l’acide de la nicotine. Titi lape copieux le liquide mousseux comme un clébard assoiffé.
— Alors si je comprends bien, c’était une mise en scène créée par vous, et les filles jouaient dedans ?
— T’es intelligent quand tu veux, ironise Papo.
Titi tressaille un petit rire. Des gouttes de bibine s’esclaffent sur son menton et son tee-shirt avec la Marilyn Orange de Andy Warhol dessus.
Je finis par me taler sur un siège, qui couine quand mon cul lui compresse la mousse. Titi me balance une canette, que j’attrape au vol.
— La Blue Bull, que je lis, connais pas.
— De l’énergie concentrée, chante Titi, ça te rebooste le thalamus et l’hypophyse. Bon, avec quelques petits effets secondaires des fois, mais pas de quoi interrompre le traitement. Hein Papo ?
— Ouais, qu’il me répond, le Papo, en me louchant, l’œil droit à gauche, l’œil gauche à droite.
Destroy ! Rien que de le fixer une seconde dans le regard, faut que je cligne plusieurs fois des paupières pour me remettre les zoeils dans une symétrie équilibrée. Du coup je crois que ma soif s’est évaporée comme par enchantement.

Je pense soudain à poser la question.
— Vous connaissez Angie Cyclone ?
— Je veux, roucoule Titi, en écrabouillant la canette vide. Une joueuse de réseau, mais elle fait du solo. Je voulais la coincer une fois dans SNIPE JUNGLE, je la tenais au bout de mon gun, le sien était vide, ben elle m’a rafalé avec ses ongles, comme des fléchettes. Un truc de filles ! J’avais jamais vu ça. Et je peux te dire que des ongles de filles en pleine tronche, ça te désosse le lifting. Elle m’a achevé à coup de botte dans le slibard. Des cuissardes à la John Galliano ! Le trip !
Papo rigole et largue une caisse comme un contre-ut de gratte électrique. Effet de la smoke.
Ainsi Angie Cyclone joue aux jeux vidéo. Elle se balade dans le cyber espace et les programmes télévisuels. Je comprends mieux certaines choses. Ses pseudos, c’est peut-être pour brouiller les pistes. La fille aux mille visages et aux mille noms !
Une autre question me flashe dans le ciboulot.
— Vous avez entendu parler du vol de la culotte de la Reine ?
— Ouais, répond Titi, un truc bizarre. Sûrement un coup de l’OPG pour déstabiliser les consciences et les faire focaliser sur un truc zarbi, histoire qu’elles ne découvrent pas qu’elles sont noyées dans les pros télé (comprenez : programmes télévisuels).
— C’est aussi mon avis, confirme Papo.
— Mais vous n’avez pas essayé d’avertir la populace ? que je demande.
— On n’arrête pas, répond Titi, j’ai même une chanson « Le journal de 20h » (http://www.myspace.com/lezebrakrothesite ), mais les gens sont tellement abrutis qu’ils se plaisent dedans. Ils en redemandent même.
Evidemment. A force de crapahuter dans la fange, on finit par s’y habituer, on oublie, on trouve ça total normal.
— Bon, que je gargouille, et on fait quoi maintenant ?
Papo allume une autre Gitane et crachote, un œil à demi-fermé, un tremblement furtif sur les babines :
— On livre la cargaison sur Mars et après on file sur Paradis Land.
— C’est tout ? que je m’étonne.
— C’est le niveau, envoie Titi. On l’a inséré dans les pros télé. On avisera en temps voulu, suivant la situation.
Il décapsule une autre Blue Bull.
Tout compte fait, je décapsule aussi la mienne. Renifle. Comme un goût de menthe.
— Et c’est quoi, les effets secondaires ?
— Risque de rêve incurable, répond Titi en levant sa canette, avant de s’engorger une longue rasade sur les amygdales.
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Re: Petites chroniques de L'homme qui se recouche

Messagepar Babou » 26 Oct 2008, 07:05


Emile projette d'aller au cinéma à 20h30. Il est 16h. Il a une petite faim, il a le temps. Super ! y a un Mac Do à côté. Faisons pas la fine bouche pour une fois (à défaut de déguster une cervelle tout juste poêlée au black beur et frémissante encore sous le palais). 17h, il sort du Mac Do. Il se dit : j'ai encore du temps devant moi. Il se balade au hasard des rues, des rues qui conduisent ailleurs et des ailleurs qui conduisent dans d’autres rues, mais parfois les rues conduisent nul part ..... nul part ailleurs. Il rencontre quelqu'un ou personne, peu importe il veut pas rater << Cent mille dollars au soleil >>, le célèbre western réadapté à l'écran par un jeune réalisateur italien. 20h15, il est devant le ciné, de l'autre côté de la rue, mais quand il traverse la rue, .... il se fait faucher par une bagnole .... Il ne sera jamais à 20h30 au ciné. C'est ça le destin. :20:
Emile excuses G de t'avoir fait passer, en quelques lignes, de vie à trépas.

Le film Cent mille dollars au soleil a été tourné au Maroc mais on peut bien croiser sur les pistes marocaines un camion de marque française (Berliet) avec un arc soudanais accroché sur le radiateur. J'adore les expressions utilisées avec lesquelles Papo clope (cool à dire << Papo clope >>, non ?). Sacrément bien imagées !! Ma préférée : << la Gitane s’agitant rythmique avec les mots >>. Image Et j'adore l'expression << désosser le lifting >>.

Pourquoi je me retrouve dans la zone industrielle ?
Héééééééééééééééé ! Je suis revenu au début. Là j’essaye de cogiter speed pour trouver un sens.

Un Sens dans la ZI, c'est parfaitement inSensé ! Mieux vaut une ZI dans un Sens. On est toujours dans un scéna de film ou on a basculé dans un journal régional ? Image


J’attends le Berliet. Les minutes passent. Rien.
Je décide de filer au bistrot. Stupeur en arrivant devant. La porte et les volets sont fermés. En plus le nom a changé. Ça s’appelle « Chez Emile ».
Je reviens sur mes pas. Le Berliet arrive et s’arrête au même endroit que l’autre fois. Sûrement que j’étais parti trop tôt.

<< Chez Emile >> Tiens donc ! Bien sûr; si tu refais l'histoire, faut te pointer exactement à la même heure, au même endroit. Et encore, tu pourras retrouver ton camion, ton bistrot, mais pas forcément les mêmes persos .... Image

Le gars m’aperçoit et traverse la route.
— Salut, vous sauriez pas où je peux trouver un bistrot ?

Décidément tout le monde cherche un bistrot, Image ah c'est vrai ! c'est un retour en arrière, on recommence l'histoire, sauf que, voilà, certains données ont changés. Déjà Lino n'est plus Lino mais j'ai une petite idée de l'identité du nouveau camionneur ... en même temps c'est pas trop difficile. :15:

Soudain une des filles, une grande brune, tend le bras en l’air et gueule :
— Ouaiiiis, l’obsédé !

Hum .... C'est qui l'obsédé ? :04: :13:

— Putiiiin, Titi ! crache une petite blonde. T’es bien un mec ! Titi ? Serait-ce le même ?
Tiens Titi !! Image

Quelques secondes de réflexion, comme des oiseaux de passage, provoquent un mini cyclone d’air interrogatif dans le ciel de ma pensée.
Joliment dit, encore. De la même trempe que << sur le cou de ma phrase >> Image

En tee-shirt hawaïen et futal treillis, Papofyse tient le volant, une Gitane grillant sur la lippe.
Pas super le look. Comme un léger défaut de goût car j'imagine des fleurs sur le shirt et le treillis on connait. Mais peut-être que sous le treillis un bulbe saura éclore ... la fleur naissant après. Euh .. c'est pas du bulbe rachidien dont je cause, quoi que, il peut y avoir une cause à effet ou un effet de cause... tout dépend si l'info est stockée dans l'hémisphère droit ou gauche du cerveau. :05: Image

— Euh, que je bricole de la voix, vous pourriez m’expliquer la psychose ?
Ce verbe est-il judicieusement choisi ? Juste parce que ça me parle mais en faisant un grand détour ... Image

— La zone industrielle, c’était une cinématique du jeu CYBER GIRL.
— Lino, c’était un perso de synthèse.
Les filles, c’est des joueuses de réseau.

OK je comprends. Là, tous les données sont changés et tu n'es plus maître de ta plume .... ni de ton scéna. En plus si TOI tu n'as QUE l'impression de capter ... L'épisode 17 risque fort de t'échapper totalement. Image

Papo prend le relais, avec des mots imprégnés de Gitane :
Euh ... Papo fume des Camels ou des Gitanes ? << Avant de fourrer une clope dans le goulot. Il l’allume d’un coup de Zippo qui claque quand il l’éteint. Il le pose sur la table devant le paquet de Camel >>. Note que les Camels c'est ptète seulement quand il sillonne le désert ... les chameaux aidant ! Image

— La Blue Bull, que je lis, connais pas.
Et le Blue Label King George V, tu connais ? Un top, dans le genre, mais, euh .... ça déchire légèrement plus que la mousseuse. Image

— Ouais, qu’il me répond, le Papo, en me louchant, l’œil droit à gauche, l’œil gauche à droite.
:10: :10: :10:

Tout compte fait, je décapsule aussi la mienne. Renifle. Comme un goût de menthe.
— Et c’est quoi, les effets secondaires ?
— Risque de rêve incurable, répond Titi en levant sa canette, avant de s’engorger une langue rasade sur les amygdales.

— Incurable ! Vous êtes au courant ?
— Oh, son histoire de photos. Il est fou. Je trouve ça complètement idiot.
— Elle est quand même pas mal, non ?
— Pas mal ...
— Vous êtes amoureuse de lui ?
— Mais qu'est-ce qui vous prend ? Mais ça va pas, non ?
— Rien rien j'disais ça comme ça ...

:15: :15: :15:

--------------------------------

PS : Falkan demande si tu peux pas lui livrer une douzaine d'escargots car son pc rame << Sur un muret, un escargot avance en écoutant du swing avec un mini casque. Il est équipé d’une coquille de 120 gigas avec un écran de 3 pouces. >> Image
La parole se fait spontanément rythme dès que l'homme est ému, rendu à lui-même, à son authenticité. Oui, la parole se fait poème. (Léopold Ségar Senghor)
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Re: Petites chroniques de L'homme qui se recouche

Messagepar Phantom_Blue » 27 Oct 2008, 10:00


Chronique 17

Des fadasses, qu’il avait dit, le Papo, en parlant de la cargaison. Que sur le coup, j’eus du mal à saisir le sens. Que le Titi m’expliqua avec les détails. Bon, il fallut quand même que je le fasse répéter. Cinq Blue Bell dans les tripes, à 9,8°, faites le calcul ! Sa voix s’emmêlait les dents dans les mots. Les mots s’emmêlaient les dents dans sa voix.
Donc une cargaison de F.A., des Filles Androïdes, le dernier modèle multi-processeurs destiné aux ouvriers qui bossent dans les mines de la planète rouge, de quoi combler la solitude des longues nuits.
Le terme fadasse n’étant pas des plus courtois, je le conçois, mais bon, la vie quelque peu rude des chauffeurs, les longs parcours en solo, les stations bistrots largement arrosées, il y a de quoi vulgariser dans le populaire, si ce n’est populariser dans le vulgaire. Mais bon, sous une apparence brutale se cache une âme sensible, que dis-je, poétique…
— Putiiiiiin ! qu’il crache, le Papo en donnant un coup de volant. Saloperie !
Le Berliet oblique sur la droite. Un météore passe à quelques mètres du pare-brise.
Je retire ce que j’ai dit.
Titi ronfle sur son siège. A chaque expiration, deux petits couvercles se soulèvent au bout de ses tiags pointues, et de la fumée sort en émettant un petit sifflement. Peut-être un système de décompression, pour éviter une implosion du mec, relatif aux vapeurs d’alcool qui doivent stagner dans son corps.
Papo se fourre une Gauloise dans le bec et l’allume avec un fil électrique dénudé qui traîne sur le tableau de bord. Je pense au Zippo que j’ai ramassé sur la table du bistrot. M’apprête à plonger la main dans la poche pour le lui rendre.

Quand l’écran du vidéophone crépite au-dessus du pare-brise. Et le visage de Kate apparaît.
— On vous a retrouvés ! qu’elle rigole.
— Les Spider Vaaaaamps ! s’exclame Papo.
Mumu surgit au-dessus de l’épaule de Kate et braille :
— Bande d’obsédéééés !
— Ouais, crache en rigolant Déborah, au-dessus de l’autre épaule. Z’êtes que des obsédéééés !
— Ça va, grommelle furax Papo, cassez-vous ! On a du boulot !
— Tu parles, lui rigole Mumu. Picoler et ronfler comme des bœufs !
— Et il est où Titi ? qu’elle demande, Kate. Encore bourré ?
A mon avis, elle doit en pincer pour lui.
— Bon dégagez, répète Papo, j’ai pas que ça à faire.
Kate exhibe un petit boîtier avec une petite antenne et un petit bouton rouge. Un sourire narquois étire ses lèvres. Déborah et Mumu affichent le même sourire zarbi. Je vois pas Blondie. Pourquoi elle se montre pas ?
— T’as inventé encore quoi ? qu’il demande, Papo.
— Hihihi, rigolaille Kate. Vous voulez des filles, ben vous allez en avoir !
Elle appuie sur le petit bouton rouge et roucoule :
— Amusez-vous bien !
Papo mate leurs trois tronches souriantes sur l’écran, se tourne vers moi, se gratte le pectoral gauche, cogite, remate leurs tronches toujours souriantes, se tourne de nouveau vers moi.
Là je commence à me demander ce qui va se passer. Apparemment elles attendent quelque chose. Mais quoi ?
Titi ronfle toujours sur son siège.
— Damneeeed ! s’exclame soudain Papo. Les fadasses !
Kate, Mumu et Déborah éclatent dans un grand rire commun.
Je cherche à comprendre. Entends des cris de filles hystériques venant de la soute.
— Bisous… bisous… bisous…
Papo se précipite vers le sas, balance un coup de paume sur un interrupteur. Une lourde porte en métal s’abat et ferme le sas.
Je crois capter. Les filles androïdes se sont activées.
Les « bisous…bisous… » se rapprochent.
Bientôt une série de coups violents percutent la porte. Toujours ponctués par les « bisous…bisous… ».
Ben comme une meute de midinettes fans tombant sur le poil de Tokio Hotel.
Papo secoue Titi qui ouvre enfin un œil.
Sur l’écran, les filles s’esclaffent un max. Je vois toujours pas Blondie.
D’après les coups, la porte ne tiendra pas longtemps. Mais je croyais que c’était des filles androïdes super douces, délicates, pleines de grâce et… Bon, là je crois que je me monte un film idyllique sur l’idéal féminin. Ça m’apprendra à regarder les films de Walt Disney. Enfin quand j’étais gosse. Ces mièvreries me sont restées ancrées dans l’inconscient. Même avec tous les clips de Marilyn Manson, elles partent pas. Ou alors je m’accroche quelque part au rêve d’un bonheur parfait avec une fille… Angie Cyclone… Je repense soudain à elle.
— Vite ! gueule Papo en ouvrant une trappe.

Je sais pas si l’idée elle est vraiment bonne, mais bon, on a pas trop le choix. En haut la porte a cédé. Les filles androïdes s’acharnent sur la trappe. Elle résistera pas longtemps. Les tiags pointues de Titi disparaissent dans le tube lance-torpilles numéro 3. Papo le referme. Je m’engouffre dans le 1. Clonk fait la porte du tube en se refermant.
Je me retrouve dans le noir. Attends. Pense à Angie Cyclone. Pourquoi je me retrouve toujours dans des situations pas possibles ?
AAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAHHHHHHH
La vache ! J’ai cru que j’allais bouffer la peau de mon crâne ! J’ai dû paumer un os ou deux, peut-être tout le squelette ! Ah mais c’est vrai, on est dans le cyberespace ! Y’a pas de squelette ! Oui mais je suis où alors ? Ah oui ! Dans mon lit en train de roupiller ! Enfin je crois !
Le Berliet s’éloigne sous mes pieds à une vitesse fulgurante. J’essaye de voir si je vois Papo et Titi, mais la vitesse me rentre la tête dans les épaules. Dommage, j’aurais bien voulu tester les bisous des fadasses, comme il dit le Papo. Bon, une bouche, ça va, mais une trentaine, tu dois ressembler à un citron pressé après. Remarque…
Je ralentis quand ? J’ai l’impression que je file de plus en plus vite. Les dents du haut compressées sur celles du bas. J’ai plus de langue, elle a dû se fondre dans le palais. Je garde les bras plaqués le long du corps. De toute façon je peux pas les bouger.
Je me mets à tourner sur moi-même. Puis tout mon corps tourne dans tous les sens. Je crois que je vais dégueuler.
Et tout s’arrête.
Je flotte immobile dans le vide.
Pas de trace de Papo et Titi. Ils se sont peut-être paumés dans un trou noir.
Et c’est là que la navette est arrivée, effilée comme un squale, avec des ailerons.

J’essaye de reprendre mes esprits, assis sur un siège bulle, dans une cabine scintillante.
Debout devant moi, Cyber Girl, Alisa Clone, Angie Cyclone quoi, fabuleuse dans une combinaison futuriste moulante, ses longs cheveux blonds cascadant en rafales dans son dos merveilleusement courbe. Elle porte des cuissardes à talons hauts et un gun dans un holster sur sa cuisse gauche.
— Ça va ?
Ben, euh, je souffle un « oui », c’est sûr que ça va, je suis avec elle. Enfin je la revois. Chaque seconde en sa présence est une source de bonheur inestimable. J’oublie tout le reste. Enfin pas tout. J’aimerais bien comprendre le pourquoi du comment.
— Bienvenue dans le monde réel !
Hein ? Quoi ? Quel monde réel ? Je suis de nouveau dans la réalité ? Ça m’étonnerait.
Elle sourit, amusée par mon étonnement qui dégouline sur mon visage comme une pluie d’incompréhension aux gouttes en formes de points d’interrogation.
— Vous êtes dans le monde de la conscience, votre conscience, là où vous vivez en réalité, donc c’est le monde réel. Tous les autres sont des créations, y compris celui que vous appelez la réalité.
— Hein ?
— Rassurez-vous, ils existent réellement, mais ils sont provisoires. D’autres ont existé avant, et d’autres viendront les remplacer. Mais il existe aussi des mondes qui sont éternels. Dont celui de votre conscience.
— Euh… oui…
— Et celui de ma conscience aussi. Et comme les consciences peuvent se rejoindre…
J’aime bien la dernière information.
— Oui, mais pourquoi tout ça ? L’OPG ? Et tout le reste ?
— Il faut bien un peu d’action dans nos vies, sinon elles seraient affreusement monotones, pas vrai ?
Son sourire m’irradie.
Je veux bien de l’action avec elle, mais entre des draps roses. Ben j’aime bien le rose, c’est plaisant pour des draps.
Une autre question me tombe du cerveau sur les lèvres, un neurone comme une bille du loto qui roule et finit par atterrir dans le tube.
— Mais Papo et Titi, quel est leur rôle ? D’abord Titi qui me cache l’indice, puis après je suis embarqué avec lui dans un Berliet.
J’ai pas pensé qu’elle pouvait très bien ne pas être au courant de ce qui m’est arrivé.
— Ça fait partie du scénario. Ils créent des niveaux parallèles aux programmes télévisuels. Je pense qu’ils ont dû vous mettre au courant.
— Oui.
— Ils essayent de lutter à leur manière contre l’abrutissement généré par l’OPG. Et comme ils aiment la fantaisie, ils inventent des cinématiques plus ou moins tordues.
— Aaaaah ok. Et on fait quoi, maintenant ?

Evidemment, j’espérais qu’elle allait me prendre dans ses bras, mais le niveau n’était pas fini. C’est ce qu’elle m’a dit.
Et me voilà les pieds dans le sable blanc d’une plage, sur une île en plein cyberespace.
Je regarde la navette s’éloigner dans le bleu azur du ciel. C’est comme dans les vidéos d’Antoine sur la chaîne Voyage. Plein de couleurs, avec une odeur de vacances.
Angie Cyclone m’a dit qu’on se reverrait. Son sourire a été comme un baiser. Il persiste sur mes lèvres, virtuel, insistant, agaçant, délicieux, ailes de papillon nerveux.
Des macaques se chamaillent sur un cocotier. Je regarde les vagues de la mer turquoise rouler doucement à mes pieds. Un vent agréable m’habille d’oxygène.
— Il est là !
Papo sort de la végétation, suivi de Titi.
— Purée les mecs ! Comment vous avez atterri ici ?
— Comme toi, répond Papo, j’avais réglé les tubes sur cette île.
Je préfère ne rien dire pour Angie Cyclone. Enfin pas tout de suite.
— L’emmerdant, crache Titi, c’est qu’on ne peut pas faire de feu. Si j’avais mes deux monocles, je pourrais fabriquer une loupe. Et avec le soleil, on aurait du feu. J’ai vu ça une fois dans la série « L’île mystérieuse ».
— Ouais, dit Papo, on voudrait bien cuire le poisson. Je commence à avoir une dalle d’enfer.
Je savais que ça servirait. J’avais eu le bon réflexe. Je sors le Zippo de ma poche.
— Mon briquet ! chante Papo.
J’avais d’autres questions, mais pour l’instant, moi aussi, une dalle d’enfer me tenaillait l’estomac. Enfin mon estomac virtuel, réel provisoirement.
Phantom_Blue

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