La cinquième aventure de Lara


 

Laissez aller votre imagination ! Faites-nous part de vos histoires, poèmes et autres, que cela concerne Lara Croft ou non.

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La cinquième aventure de Lara

Messagepar Phantom_Blue » 26 Mar 2017, 10:11


1

Séraphine applaudit en sautillant sur place comme une gamine, les couettes joyeuses. Devant la fenêtre de son deux pièces au premier étage de la pension de famille de miss Marjorie Wick, dame d'un âge respectable et très stricte sur le règlement.
— Génial ! Il neige !
Des gros flocons blancs tombaient au ralenti sur Londres. On allait avoir un Noël blanc. La féerie était de nouveau au rendez-vous. Et Séraphine adorait les contes de fées, d'ailleurs elle bâtissait sa vie sur le merveilleux. Elle avait toute la collection des Harry Potter, en romans et films. Sans compter les Walt Disney, Le seigneur des anneaux et autres Heroic Fantasy. Son blog regorgeait d'extraits et de citations.
Ce matin, elle opta pour la tenue du Petit Chaperon Rouge. Un shorty rouge, des leggins rouges, un polo rouge, un sweet à capuche rouge, des bottines rouges.
Elle se regarda dans la glace et se trouva tout simplement féerique. Avec les rubans rouges noués autour de ses couettes. Et son rouge à lèvres Kiss Fatal. D'un rouge éclatant. Evidemment.
Elle descendit les marches de l'escalier en sautillant et en chantonnant :
— Un deux trois… je vais au bois… si le loup y est… il me mangera… ou c'est moi… qui… le… man… ge… rait…
Miss Wick revenait de la boite aux lettres avec du courrier. Elle s'exclama en la voyant sauter sur le paillasson au bas de l'escalier :
— Oh my God ! Vous allez à un bal masqué ? Pourtant Halloween est passé !
— Mais c'est une de mes tenues manga, le cosplay, et puis ça mettra de la couleur sur le blanc de la neige. Après tout, le père Noël est aussi rouge, pas vrai ?
— Quelle jeunesse ! soupira miss Wick. De mon temps les jeunes filles portaient l'uniforme. Ah, il y a une lettre pour vous !
Etonnée, Séraphine la prit et jeta un coup d'œil sur l'adresse, écrite à l'encre en belles lettres manuscrites. Avant de la fourrer dans son petit sac rouge pendu autour de son cou.

2

Le matin en semaine, vers 9h, chez Tiffany, le salon de thé est toujours pratiquement vide.
Séraphine accapara une petite table ronde près d’une fenêtre aux rideaux fleuris et commanda un chocolat chaud.
A l’autre bout de la salle, Claire squattait une table semblable, le nez plongé dans Le Times.
Deux autres tables étaient occupées par une vieille lady sortie tout droit de l’ère victorienne et une jeune femme en training. Elle revenait certainement d’un jogging dans les rues de Londres et savourait un repos après l’effort.
Séraphine feuilleta le magazine "Pinky Lolita", acheté dans un kiosque, en dégustant son chocolat par petites gorgées. De temps à autre elle jetait un coup d'œil sur la porte d'entrée vitrée aux arabesques dansantes.
Décidément la mode prenait toutes les audaces et toutes les folies. Les filles ressemblaient à des ballons de baudruche ou à des fusées en métal. Il y avait pourtant quelques belles réalisations, notamment une robe rococo en dentelles dont elle nota la référence. Elle se voyait bien dedans le soir du réveillon.
Et Jonathan déboula dans le salon de thé, vêtu d'un imper au col relevé, des lunettes de soleil sur le nez. Séraphine se retint de rire, comme entrée discrète on faisait mieux.
Il fila s'asseoir à la table de Claire qui esquissa un sourire. Il se leva, ôta son imper qu'il posa sur le dossier de la chaise, et reprit place. Avant d'enlever ses lunettes.
Puis il jeta un coup d'œil vers Séraphine qui fit semblant de ne pas l'avoir vu, le nez plongé dans son magazine.
Elle pensa qu'il aurait mieux valu ne rien dire. Mais bon, comme les choses étaient lancées, il ne restait plus qu'à suivre le mouvement.
La joggueuse était partie. La lady occupait toujours sa table comme la reine son trône. Un autre client était rentré, un vénérable lord à chapeau melon, qui lui jeta un regard surpris, certainement à cause de sa tenue rouge. Il prit place trois tables plus loin et plongea son nez dans Le Times.
Les minutes s'égrenèrent, une douce musique baroque flottait dans l'air.
Le smartphone carillonna "London calling" des Clash dans le petit sac rouge. Après consultation, elle envoya le sms "on remballe" à Claire.
Dehors la neige tombait toujours à gros flocons. Jonathan avait remis son imper mais les lunettes dans sa poche.
— Le grand méchant loup t'a posée un lapin, ironisa Claire, tu as joué la poule abandonnée.
— Oh ça va, fit Séraphine déçue, il a eu un empêchement de dernière minute, ça arrive.
— De dernière minute, t'avertir par sms au bout de trente minutes, quelle galanterie !
Séraphine haussa les épaules et donna un coup de bottines rouges dans les cinq centimètres de neige sur le trottoir.

3

L'horloge venait de sonner dix heures dans le hall du manoir. Au premier étage, dans son lit à baldaquin, encore embrumée par le sommeil, l'oreille collée à son smartphone, Lara essayait de comprendre ce que Séraphine lui débitait d'une voix de gamine excitée. Elle finit par répondre :
— Si j'avais un premier rancart, j'ameuterais pas Scotland Yard, c'est pas forcément un satyre… oui, mais peut-être qu'il te connaît et connaît Claire, et s'il est passé dans la rue et vous a vues à travers la vitre... Oui, écoute, laisse les rencontres par Internet et fais du sport…
La communication se coupa, certainement Séraphine pas contente de la réponse.
Winston campait à la cuisine devant l'évier, des bretelles sur une chemise blanche aux manches retroussées, un tablier à fleurs noué autour de la taille. Il rinçait des pommes de terre sous le jet d'eau du robinet.
Lara prit une tasse dans le buffet, se versa du café à la machine et s'installa à la table.
— Lady Croft a-t-elle bien dormi ? demanda Winston en apportant les pommes de terre sur la table.
— Lady Croft aimerait bien dormir plus longtemps le matin, répondit-elle d'une voix pâteuse.
— On dort en hiver, mais avec une belle journée d'été comme celle qui s'annonce ce matin, et surtout pour une jeune fille comme vous, pleine d'énergie, le monde est à vos pieds.
Lara jeta un œil vers l'une des fenêtres donnant sur le jardin. Un soleil éblouissant resplendissait sur des arbres aux feuillages gazouillant d'oiseaux.
C'est dans le salon, en voyant le sapin de Noël décoré de Chupas Chups et de smileys souriants et grimaçants, qu'elle réalisa soudain et s'écria :
— Mais je suis dans un rêve ! Je rêve ! Normalement on est en hiver ! Et je suis consciente ! Génial, c'est un rêve lucide !
Elle fila à la cuisine mais Winston avait disparu. Elle aurait bien voulu voir comment il réagirait en tant que création virtuelle. Et une idée terriblement excitante traversa son esprit.
Il ne lui fallut pas longtemps pour se retrouver au début du parcours du combattant.
Jamais elle n'avait franchi les obstacles avec autant de facilité. Elle volait presque par-dessus, il lui suffisait de sauter et d'imaginer que le saut dure sur des mètres et des mètres. La sensation était tout simplement grisante.
Et d'un bond elle atterrit sur le toit du manoir.
Le spectacle la laissa sans voix. Au-delà des murs entourant le jardin, une New York futuriste étalait ses gratte-ciel et ses tours en verre reliées par des passerelles vertigineuses. Des voitures volantes circulaient en apesanteur sur plusieurs niveaux.
Et Winston passa dans l'air, pédalant sur un vélo suspendu à un ballon en forme de saucisse.
— Attendez ! lui cria-t-elle, mais il continua sans se retourner.

4

— Grrrr ! grogna de rage Séraphine. Lara, toi alors ? Aucun sens du romantisme !
Elle fourra son smartphone dans son petit sac rouge. Oublia la lettre et rejoignit en courant Claire et Jonathan qui marchaient devant en discutant.
— Et si on faisait les magasins ? proposa-t-elle une fois à leur hauteur. Y a des cadeaux à acheter !
— Ça va, dit Claire, on a encore deux semaines, et si on allait plutôt voir le dernier Besson ?
Jonathan loucha sur sa montre et s'affola :
— Je file à Yard, je vais être en retard.
Il salua les filles d'un geste de la main et hâta le pas vers un arrêt de bus. L'autobus à impériale arrivait au ralenti, les phares allumés.
Il leur fit encore un coucou de la main, à travers la vitre, une fois assis au premier étage. Coucou qu'elles lui rendirent avec des sourires.
— Bon, proposa Claire, allez, on file voir Valérian, j'ai vu la bande-annonce sur Youtube, Dane DeHaan est trop craquant. Il y a une séance à 10h30 à l'Odéon, on a juste le temps à pied, c'est à deux pas.
— Ça roule ! chanta Séraphine en la prenant par le bras. Je t'adore !
Le film était à l'affiche depuis une semaine. Elles prirent place au milieu d'une salle pratiquement vide, à part un couple planqué au fond qui s'embrassait, comme tous les jeunes couples dans les cinémas.
— T'as vu la mamie à droite ? souffla Séraphine. Je savais pas que le troisième âge braquait sur la SF.
— Certainement pour l'acteur, répondit Claire en étouffant un rire en sourdine. Il n'y a pas d'âge pour le coup de foudre. Et ton grand méchant loup alors ?
— Pfff ! Au début c'était marrant, mais là je cois que je vais laisser tomber, et en plus faut voir les fautes d'orthographe qu'il fait dans ses messages.
— Dis donc, pour un qui se prétend étudiant. Ben pourquoi tu lui parles alors ?
— Il me dit des choses tellement gentilles.
— Tu sais, les mecs, ils ont le don pour embobiner.
— Ouais, nan, mais bon, je sais plus…
La lumière baissa dans la salle. Et la pub pour les chocolats "Je t'aime" flasha dans un flot de couleurs sur l'écran panoramique.

5

Lara constata avec surprise qu'elle portait une tenue vraiment spéciale. Un short et un débardeur, des bottes. Et surtout une ceinture avec deux holsters. Et deux revolvers.
Elle pensait se faire remarquer mais ce qu’elle vit la rassura tout de suite. Peut-être un festival cosplay ou le carnaval. Les gens étaient habillés dans tous les styles parfois les plus extravagants.
Après tout, se dit-elle, je rêve ! Et dans un rêve, tout est permis.
C'était vraiment extraordinaire. New York mais en plus délirant. Elle n'avait jamais vu des gratte-ciel aussi haut. Certains avec des formes incroyables. Et des voitures aux carrosseries futuristes filaient dans les airs, sur plusieurs niveaux. On se serait cru dans "Le cinquième élément".
Soudain elle se concentra et imagina Bruce Willis qui déboule sur le trottoir, mais rien ne se passa.
Au coin d’une rue bordée de gratte-ciel qui renvoyait des ombres rafraîchissantes dans l’éblouissement brûlant du soleil, un prédicateur juché sur une caisse haranguait la foule. C’était Keanu Reeves, oui c’était bien lui, dans son costume du film Matrix.
— Je vous le dis, lança-t-il d'une voix forte, la fin des temps est proche. Ne devenez pas l'esclave des machines !
Il exhiba une machine à café, apparue de nulle part, et la compressa entre ses mains, avant de jeter la boule obtenue à ses pieds. Il l'écrasa d'un coup de talon.
Puis il se baissa, et d'un geste olympien, il s'étira et s'envola dans le ciel.
A ce moment le ciel s’assombrit. Et un vent violent se leva.
La foule apeurée se dispersa en voyant la montagne d'eau surgir au loin, au-dessus des gratte-ciel.
Lara courra avec les autres, ne sachant pas trop où aller. En se retournant pour voir, elle constata que la montagne d'eau s'était rapprochée. Des voitures volantes disparaissaient dans la masse liquide en furie.
Elle s’engouffra dans le hall d’un gratte-ciel et sauta dans un ascenseur. Elle pensa trop tard qu’elle rêvait, il lui aurait été facile d’arrêter le raz-de-marée. Mais l'ascenseur l'emmenait à grande vitesse à travers les étages. Un bruit sourd et grondant faisait vibrer la cabine.
Elle déboucha enfin sur la terrasse qui surplombait la ville secouée par les vents. L'eau roulait entre les gratte-ciel. Des éclairs striaient le ciel obscur. Le spectacle était grandiose.
Prise par l'émotion de la situation, elle avait oublié son pouvoir sur le rêve. Elle se demanda comment elle allait s'en sortir. Quand Winston se pointa sur son vélo volant, pédalant avec une tranquillité énergique.
Elle lui fit signe et cette fois-ci il se dirigea vers elle.

6

C'était agréable d'être assise sur le porte-bagages, de tenir Winston à la taille et de se laisser emporter dans les airs.
Elle se rappela soudain qu'elle rêvait. Voler la tenta, mais le vide était tellement impressionnant, qu'elle n'osa pas se lancer.
En bas les eaux apaisèrent leur courroux. Bientôt il y eut comme un immense lac à mi-hauteur des gratte-ciel. Et qui brilla de mille reflets sous le soleil qui venait de percer les nuages.
Un nouvel étonnement en voyant de loin King Kong cramponné sur la pointe de l'Empire State Building. Debout sur la corniche, à côté de lui, une fille en combinaison argentée. Une longue chevelure rousse flottant au vent. Elle reconnut Laureline dans sa combinaison spatiale moulante.
— Vite ! cria-t-elle à Winston en passant la main sur son épaule pour lui montrer le building légendaire.
Quelques coups de pédales plus loin, il déposa Lara sur la corniche, au moment où King Kong se baissait pour regarder sa bien-aimée. Il aperçut Lara et poussa un long grognement sourd, ses grands yeux sombres brillant de mille feux.
Son énorme main velue se dirigea vers elle. Surprise, Lara dégaina ses deux revolvers et les pointa sur les doigts menaçants qui voulaient la saisir.
Et elle tira dessus, appuyant avec frénésie sur les gâchettes.
King Kong poussa un grognement de colère, secoua sa main, hésita puis il sauta dans le vide.
Il plana entre les gratte-ciel, les bras et les jambes écartés, dans une apesanteur incroyable. Avant de plonger au loin dans l'Hudson.
— Mais ça va pas ? cria Laureline. Tu l'as fait fuir ! Il m'aimait d'un amour fou !
Lara rengaina ses revolvers et répliqua :
— Apparemment il en voulait aussi à moi. Et je n'aime pas les mains baladeuses.
Et Valérian déboula sur la corniche, le visage grimaçant de colère. Il apostropha Laureline :
— Dis donc, ça va pas de te coltiner avec ce grand singe ?
— Je fais ce qu'il me plaît, je n'ai pas de compte à te rendre. Va rejoindre ta Barbarella !
Il aperçut Lara et resta figé. Des éclairs dans les yeux, il s'exclama :
— Wouah ! Vous êtes merveilleuse !
— Hééé ! cria Laureline. Tu joues à quoi là ?
Winston avait de nouveau disparu. Elle pensa à King Kong, et après une profonde respiration, elle sauta dans le vide.

7

La neige avait cessé de tomber. Une blancheur féerique brillait sous les lampadaires. Big Ben sonna 23 heures.
Séraphine agrippa le bras de Claire et se serra contre elle.
— Quel film super !
— Ouais, j'ai passé un bon moment.
— Normal, tu as dû reluquer Valérian.
— Pas seulement, y avait les décors et les effets spéciaux.
Séraphine esquissa un petit rire et dit :
— Tu as vu, à un moment, une qui ressemblait à Lara ? C'était son sosie.
— Pas fait gaffe.
— Normal, tu voyais que Valérian. Si, une fille, habillée bizarre avec des pistolets.
— On se refera une séance, y a plein de détails à revoir et tu m'offriras le DVD.
Séraphine la cibla :
— Ah d'accord !
— Ben je m'intéresse. Et toi qui est fan de bédé et sait tout, c'est quoi de nouveau, l'album que Besson a adapté ? Je me rappelle plus le titre.
— "L'empire des mille planètes" ! Mais y avait aussi "La cité des eaux mouvantes", avec le raz-de-marée, mais c'est bizarre, personne n'a parlé de cet album.
— Un raz-de-marée ? s'étonna Claire. Où ça ?
— Tu devais être sacrément prise par Valérian.
— D'où l'intérêt de revoir le film, en DVD, confortablement assises dans mon canapé…
— Ouais, euh, je sais pas, faut que je réfléchisse…
Claire l'agrippa au col rouge de sa veste et la secoua.
— Si, tu vas m'offrir ce DVD… Je veux revoir Valérian… tu… Séraphine ?… Séraphiiiine !…
La voix de Claire d'abord lointaine, se rapprocha.
Et Séraphine ouvrit les yeux. Elle était sans la salle de l'Odéon, les lumières s'allumaient progressivement. Sur l'écran panoramique, la musique du générique faisait vibrer l'air avec les basses.
— Ben dis donc, envoya Claire, tu as eu un sacré coup de barre pour roupiller comme ça. Tu as loupé la fin.
— Mais je l'ai vue, s'étonna Séraphine, et y avait même Lara, et King Kong, et aussi Keanu Reeves et…
Claire éclata de rire.
— Toi alors ! J'aurais bien aimé voir ce film aussi, il avait l'air plus fabuleux que le vrai !

8

Lara se réveilla en sursaut. Le jour brillait à travers les rideaux de mousseline. Elle resta un moment la tête enfoncée dans le grand oreiller moelleux, les yeux fixés au plafond décoré d'arabesques blanches en relief.
— Pfff ! souffla-t-elle. J'ai bien plané un moment puis je suis tombée. Je manque d'entraînement.
Elle rabattit d'un grand geste le drap et la couverture et se leva. Le réveil électronique affichait 10h22.
— Seulement ? se dit-elle. Je pensais qu'il était au moins midi.
Winston était en chemise blanche avec les manches retroussées, les mêmes bretelles que dans le rêve. Le même tablier fleuri. Et il rinçait des pommes de terre sous le jet d'eau du robinet, campé devant l'évier.
Lara se pinça le bras. Non, elle ne rêvait pas encore. Mais qui sait, elle avait lu que dans un rêve les sensations du toucher peuvent être identiques à celles de la réalité.
Elle se concentra sur la tasse trônant au milieu de la table, dans le but de la soulever par la pensée. La tasse ne bougea pas.
Elle sauta en l'air, dans le but de planer, et retomba aussitôt sur ses pieds dans un clac sonore sur le carrelage.
Sans se retourner, Winston articula d'une voix posée :
— Lady Croft a-t-elle bien dormi ?
Sacré Winston, pensa-t-elle, c'est bien un majordome anglais, rien ne peut le surprendre.
— J'ai fait un rêve lucide, commença-t-elle, vous pédaliez sur un vélo volant…
Elle raconta en trois mots, assise à la table, pendant qu'il lui versait du thé dans une tasse. Puis il posa la théière et dit :
— J'ai lu un livre dans ma jeunesse "Le rêve et les moyens de les diriger" du marquis Léon d'Hervé de Saint-Denys, il racontait ses incursions nocturnes dans le monde du sommeil, j'étais lieutenant dans l'armée de sa Gracieuse Majesté, alors en garnison aux Indes, l'ambiance des nuits orientales se prêtait à ce genre d'expérience…
Lara écouta avec une attention redoublée. Décidément, Winston assurait dans tous les domaines. Elle n'aurait jamais pensé qu'il avait vécu ce genre d'expériences insolites. Et c'était un régal de découvrir ses aventures nocturnes.

9

Deux jours plus tard. Hyde park sous la neige. Les gens savouraient une balade dans les allées en respirant l'air froid et revigorant. Les enfants s'amusaient à faire des bonhommes de neige, glissaient sur des luges tirées par les parents, ou se bagarraient en riant à grands coups de boules de neige.
— Mais enfin, s'étonna une nouvelle fois Séraphine, pourquoi tu m'as fait venir là ? D'accord c'est beau, mais j'ai déjà pris en photos il y a deux jours. Je vais d'ailleurs les exposer, la Whitechapel Galery est intéressée.
Lara la dévisagea en souriant.
— Tu viens souvent à Hyde park.
— Ben oui, répondit Séraphine en agitant ses couettes. Rien de tel qu'un parc pour se ressourcer et goûter le calme de la vie. Mais pourquoi tout ce mystère ?
Lara la prit par la main et l'entraîna vers une patinoire. Des enfants tournaient en rond sur la glace.
Elle fit signe à un jeune garçon de dix ans avec des lunettes rondes, un bonnet à pompon sur la tête. Emmitouflé dans un anorak gonflé comme le bonhomme Michelin, il se ramena dans un glissement de patins contre la rambarde. Des taches de rousseur sur le visage, plutôt intimidé.
— Séraphine, chanta Lara, je te présente Kevin.
— Oui et alors ? demanda-t-elle étonnée.
— C'est ton plus grand admirateur, précisa Lara.
Elle s'approcha de l'oreille de Séraphine et murmura quatre mots.
— Quoi ? s'exclama-t-elle en dévisageant ce rouquin aux airs de Ron Weasley. C'est pas vrai ?
— Je vous laisse faire connaissance, ajouta Lara avant de s'éloigner en souriant.
C'était au tour de Séraphine d'être soudain intimidée. Elle ne savait plus quoi dire. Kevin brisa le silence :
— Tu sais patiner ?

10

Lara voyait les flocons tomber en silence à travers les grandes fenêtres du bureau. Assise au milieu d'une bibliothèque aux ouvrages parfois centenaires. Une cinquantaine de lignes s'affichaient sur l'écran de son Mac.

Cette année Noël ne sera pas comme les autres. Bien sûr, je n'oublierai jamais les autres, ceux de mon enfance, mais là… Déjà avec Jonathan, jeune inspecteur émérite de Scotland Yard, très influencé par les polars américains des années 50, amoureux fou de Veronica Lake, et peut-être un peu de Séraphine et de moi. Mais normal, c'est un homme, un "mec" comme dirait Claire, qui préfère ses vampires et ses zombies. Puis avec un nouveau venu, Kevin, alias "Le grand méchant loup" sur le forum d'Harry Potter, et qui ressemble étrangement à Ron Weasley avec sa rousseur originaire d'Irlande. Il postait des messages amoureux très romantiques pour Séraphine, qu'il avait vu plusieurs fois à Hyde park où elle prenait des photos. Le gamin est doué puisqu'il l'a retrouvée sur le forum, un enquêteur en herbe qui risque de faire concurrence à Jonathan. Je n'ai pas eu de difficulté à le localiser sur la Toile, à le rencontrer et à m'assurer de sa bonne foi. Au fond Séraphine est ravie d'avoir un admirateur, surtout fan d'Harry Potter comme elle.
Et il y a ce rêve lucide. Et le rêve de Séraphine durant la séance du film. Je n'en reviens toujours pas. Je pense qu'il y a eu une connexion télépathique entre nous. Je ne vois pas d'autres explications. Quand même incroyable, elle rêve qu'elle me voit dans le film, au moment où je vis mon rêve lucide avec les personnages du film. Existerait-il une dimension où tout devient possible ? Je parle de dimension, mais cela peut aussi être des ondes, comme les ondes radio, ou de télé, je ne sais pas. Il faudra que je refasse l'expérience.
Et le plus incroyable ! J'ai rêvé vers 10h20, et Séraphine a eu son rêve vers midi trente, un décalage du temps qui n'a pas empêché notre connexion. Comme si mon rêve avait été enregistré et repassé plus tard. L'univers serait-il une grande salle de cinéma ?
Et hier matin, la machine à café qui envoie des étincelles. Ce cher Winston qui s'empare du petit extincteur pour noyer les flammes dans un flot de mousse blanche. Ce qui m'a fait penser au sermon de Keanu Reeves et de la machine à café qu'il a écrabouillée. Une sorte de prémonition ? Je ne parle pas de l'invasion des machines mais d'une coïncidence entre une vision onirique et un fait réel qui survient dans la réalité. Encore un mystère de plus à creuser.
Ce cher Winston et ses aventures dans les rêves lucides, sa rencontre avec Anahita, une Indienne création de ses rêves, et un coup de foudre dans le sommeil, cela existe aussi. Anahita qui lui révéla qu'elle faisait aussi des rêves lucides et qu'elle était bien réelle et vivante. Et qu'il a rencontré dans la réalité, une princesse du Népal. Mais c'est une autre histoire. J'en ai conclu, avec mon expérience, que les rêveurs peuvent se connecter entre eux.
Et pour finir, Séraphine qui m'appelle pour me parler d'une lettre. Une tante éloignée vivant en Australie, qui l'invite pour Noël, elle lui a envoyé le billet d'avion. Elle veut résoudre le mystère de Hanging Rock, la disparition des filles en 1900. Oui, je sais, c'est un film de Peter Weir datant de 1977, mais la tante est persuadée qu'il y a anguille sous roche. Un scénario adapté du roman de Joan Lindsay, avec son fameux chapitre 18 manquant qu'on peut maintenant lire sur Internet, et qui donne la solution de la disparition. Qui sait, l'aventure me tenterait bien.
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Re: La cinquième aventure de Lara

Messagepar Babou » 22 Avr 2017, 21:27


Je fais souvent ce rêve étrange et pénétrant.. :biggrin:

Voici une histoire rocambolesque, mouvementée, aérienne, où l’impossible devient possible sous la plume fantastique de Phantom Blue.

Je suis Mal armée :02: :05: pour tenir un débat sur les rêves lucides, néanmoins, si je vous dis : « La terre est bleue comme une orange », que pensez-vous ? Cela peut-il illustrer un rêve lucide ? La pleine puissance d’un rêve c’est ça. Le rêve a cette magie de nous transporter au-delà des limites du réel de la vision réelle. Dans un rêve nous pouvons voler. Qu’en est-il dans un rêve lucide ?

Phantom_Blue a écrit:Elle se rappela soudain qu'elle rêvait. Voler la tenta, mais le vide était tellement impressionnant, qu'elle n'osa pas se lancer.

He oui, le rêve lucide a ses limites.Image

J’ai eu un jour cette expérience de rêve lucide. Enfin, je ne sais pas si c’est un rêve lucide. Je rêvais et en même temps j’étais lucide. J’étais allongée dans mon lit, consciente que je rêvais, je savais où j’étais, je me souviens que je voulais me « réveiller » mais impossible ! Je ne pouvais plus bouger ! J’étais inerte. Paralysée ! Les yeux grands ouverts et lucide, j’étais prisonnière du sommeil de mon rêve.

La terre est bleue comme une orange. J’escalade mon rêve. Par la fenêtre de mon collier j’aperçois des zèbres. Certains ont perdu quelques rayures sur le chant des amours. A cheval sur une guêpe je traverse l’aube de ton sourire. Nul ne peut dire que les mots mentent. Et la lune comme un quartier de saison, égrène ses perles de lumière, sourire de tous les secrets. :03:

Phantom_Blue a écrit:Oui, écoute, laisse les rencontres par Internet et fais du sport…

Baptiste, ça c’est pour toi.Image
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Re: La cinquième aventure de Lara

Messagepar Batppower76 » 22 Avr 2017, 22:25


Babou a écrit:
Phantom_Blue a écrit:Oui, écoute, laisse les rencontres par Internet et fais du sport…

Baptiste, ça c’est pour toi.Image


Ah ah oui j'ai laissé les sites de rencontres, pour le sport, ça reste encore à voir. XD
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Re: La cinquième aventure de Lara

Messagepar Phantom_Blue » 24 Avr 2017, 06:42


Babou a écrit:J’ai eu un jour cette expérience de rêve lucide. Enfin, je ne sais pas si c’est un rêve lucide. Je rêvais et en même temps j’étais lucide. J’étais allongée dans mon lit, consciente que je rêvais, je savais où j’étais, je me souviens que je voulais me « réveiller » mais impossible ! Je ne pouvais plus bouger ! J’étais inerte. Paralysée ! Les yeux grands ouverts et lucide, j’étais prisonnière du sommeil de mon rêve.


Il s'agit de la "paralysie du sommeil", processus naturel du cœur qui ralentit au moment de l'endormissement. On n'y prête pas attention, mais un engourdissement monte des pieds, le long du corps pour finir au sommet de la tête ; au réveil c'est le contraire qui se produit, l'engourdissement descend de la tête vers les pieds. D'habitude on zappe ce moment et on s'endort immédiatement, et on se réveille après.

Il s'agissait bien d'un rêve lucide et donc d'une sortie hors du corps.
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